Constitution en RDC : la sortie de Bahati Lukwebo, entre courage politique et guerre des positions
Dans la vie politique congolaise, les déclarations publiques sont rarement anodines. Lorsqu’un acteur de premier plan comme Modeste Bahati Lukwebo, président du Sénat et figure influente de l’Union sacrée, prend position contre le débat sur la modification de la Constitution, il ne s’agit pas seulement d’une opinion juridique. C’est un signal politique. Et ce signal intervient à un moment où la question constitutionnelle devient, une fois de plus, un terrain de bataille symbolique du pouvoir en République démocratique du Congo.
Un discours qui dérange le pouvoir
En affirmant que la RDC n’a pas un problème de Constitution mais plutôt un problème d’hommes chargés de l’appliquer, Bahati Lukwebo touche à un point sensible du débat politique congolais.
Cette phrase, apparemment simple, contient en réalité une critique implicite de la classe politique elle-même.
Car si le problème n’est pas la Constitution, alors le problème devient la gouvernance. Autrement dit, la difficulté ne résiderait pas dans les textes, mais dans la manière dont les dirigeants les respectent ou les contournent.
Dans un contexte où certains cercles politiques évoquent la nécessité d’une réforme constitutionnelle, cette position apparaît comme un refus clair de modifier les règles du jeu.
Et dans l’univers politique congolais, refuser de changer les règles est parfois perçu comme un acte de dissidence.
Une bataille silencieuse au sein de la majorité
Les réactions virulentes provoquées par cette déclaration ne sont pas anodines. Elles révèlent une tension interne dans la majorité politique.
Depuis plusieurs mois, la coalition au pouvoir fonctionne sur un équilibre fragile entre ambitions individuelles, stratégies de survie politique et loyautés fluctuantes. Dans ce type de configuration, chaque déclaration publique devient un marqueur de positionnement.
La sortie de Bahati Lukwebo peut ainsi être interprétée comme un mouvement stratégique : celui d’un acteur politique qui cherche à se repositionner dans le débat national en se présentant comme défenseur de l’ordre constitutionnel.
Mais dans un système politique dominé par les calculs de pouvoir, cette posture peut aussi être perçue comme une manière de préparer l’avenir.
La Constitution comme terrain psychologique du pouvoir
En réalité, le débat sur la Constitution en RDC dépasse largement la question juridique.
Il s’agit d’un terrain psychologique du pouvoir.
Modifier la Constitution signifie redéfinir les règles du jeu politique. Ne pas la modifier signifie maintenir les équilibres existants. Derrière ce débat se cache donc une lutte pour le contrôle du futur politique du pays.
Dans ce contexte, la position de Bahati Lukwebo introduit une ligne de fracture claire : celle qui oppose les partisans de la stabilité institutionnelle aux partisans d’une transformation des règles politiques.
Cette fracture n’est pas seulement politique. Elle est aussi psychologique. Elle traduit la manière dont les acteurs politiques perçoivent leurs chances, leurs risques et leurs ambitions dans le système actuel.
Une prise de parole qui rebat les cartes
En prenant publiquement position, Bahati Lukwebo a probablement voulu défendre un principe : celui du respect de la Constitution.
Mais en politique, défendre un principe revient souvent à déplacer les équilibres.
Sa déclaration a donc un effet immédiat : elle oblige chaque acteur politique à se situer dans le débat. Être pour la modification ou être contre devient désormais un marqueur politique.
Dans un pays où la question constitutionnelle a déjà provoqué par le passé de profondes crises politiques, ce débat pourrait rapidement prendre une dimension nationale.
La sortie de Bahati Lukwebo ne doit pas être lue uniquement comme un simple commentaire sur la Constitution. Elle constitue un acte politique.
Dans un système où les alliances sont mouvantes et les ambitions nombreuses, chaque mot prononcé par un acteur majeur peut devenir un point de bascule.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si la Constitution doit être modifiée ou non. La question est plutôt de savoir qui, dans la classe politique congolaise, souhaite réellement changer les règles du pouvoir.
Et surtout, pourquoi.
Salem MAPUNA
Analyste psycho-politico


