Minerais critiques : Kigali écarté à Washington, la légitimité du Rwanda comme producteur remise en cause (lecture de Patrick Eale)
L’absence remarquée du Rwanda à la récente réunion des pays producteurs de minerais dits critiques, tenue à Washington, suscite de vives réactions dans les milieux politiques et analytiques. Alors que Kigali approvisionne l’Union européenne et plusieurs marchés internationaux en minerais stratégiques, son exclusion de ce cadre multilatéral interroge sur son statut réel de pays producteur. Par Emmanuel EKULE
Pour Patrick Eale, analyste politique, éditorialiste et promoteur du média Génie, cette absence n’est ni fortuite ni anodine. Deux hypothèses s’imposent, estime-t-il : soit le Rwanda n’est pas un véritable producteur de minerais critiques, soit il en est désormais écarté par la communauté internationale. « La réalité est simple : les deux à la fois », tranche l’analyste, évoquant un tournant politique et diplomatique.
D'après lui, l’ascension statistique du Rwanda comme exportateur majeur de minerais critiques repose sur une dynamique de prédation régionale. Il affirme que cette situation n’a été rendue possible que par la complicité d’acteurs congolais ayant dirigé la République démocratique du Congo pendant près de vingt ans, période marquée, selon lui, par l’exploitation illicite des ressources de l’Est du pays au profit de Kigali.
Patrick Eale souligne que cette prédation s’est opérée en contradiction avec les réalités économiques et géologiques, au détriment du peuple congolais. Il y voit une remise en cause croissante de cette narrative sur les marchés internationaux, où la traçabilité et la gouvernance des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques sont désormais au cœur des exigences.
Dans ce contexte, l’absence du Rwanda à Washington apparaît, aux yeux de Patrick Eale, comme un signal politique fort. « On ne peut plus durablement se présenter comme producteur de ce que l’on pille ailleurs », conclut-il, estimant que ce désaveu marque une inflexion diplomatique et pourrait rebattre les cartes du débat international sur l’origine et la légitimité des minerais critiques.


