Mzee Laurent-Désiré Kabila : un héritage politique entre mémoire, malentendus et responsabilité nationale
Vingt-cinq ans après sa disparition, Mzee Laurent-Désiré Kabila continue d’habiter l’imaginaire politique congolais. Pour les uns, il demeure le symbole du sursaut national et de la reconquête de la souveraineté ; pour les autres, il incarne une autorité brutale et inachevée. Mais au-delà des passions, une question essentielle demeure : que peuvent réellement retenir les Congolais de Mzee LD Kabila, et son enseignement est-il compris ou appliqué par les dirigeants actuels ?
Cette interrogation n’est pas nostalgique. Elle est profondément politique et tournée vers l’avenir.
La souveraineté comme colonne vertébrale de l’État
Le cœur de la pensée politique de Mzee Kabila résidait dans une conviction simple mais radicale : le Congo doit appartenir aux Congolais.
Cette idée, martelée dans ses discours, se traduisait par un rejet frontal de l’ingérence étrangère, qu’elle soit militaire, politique ou économique. Son célèbre avertissement « Ne jamais trahir le Congo » ne relevait pas de la rhétorique : il constituait une ligne rouge morale.
Pour Mzee Kabila, un État qui abandonne le contrôle de sa sécurité, de ses ressources naturelles ou de ses choix stratégiques cesse d’être souverain, même s’il conserve ses symboles officiels. Cette vision l’a conduit à des ruptures brutales, parfois coûteuses, mais assumées.
La leçon reste actuelle : sans souveraineté réelle, il n’y a ni développement durable ni paix véritable. La RDC ne peut se construire durablement dans la dépendance structurelle.
La dignité nationale comme projet politique
Mzee Kabila ne parlait pas seulement d’État, il parlait de dignité. Il considérait que le drame congolais ne résidait pas uniquement dans la pauvreté ou l’insécurité, mais aussi dans la perte de confiance du peuple en lui-même, héritée de la colonisation, des dictatures et des humiliations répétées.
Son discours visait à réveiller un peuple trop longtemps habitué à subir, à attendre, à s’en remettre aux autres. Il rejetait la posture de la mendicité internationale et appelait les Congolais à assumer leur destin, avec courage et responsabilité.
Cette dimension morale de son combat est souvent oubliée. Pourtant, le développement commence par la conscience collective, par la capacité d’un peuple à se voir comme acteur et non comme victime permanente.
L’autorité de l’État : entre nécessité et dérive
Mzee Kabila croyait fermement en un État fort. Dans un pays aussi vaste, fragmenté et meurtri que la RDC, il estimait que l’autorité n’était pas un luxe mais une condition de survie.
Cette conception l’a conduit à une gouvernance centralisée, parfois autoritaire, souvent critiquée à juste titre pour ses limites démocratiques.
Mais il serait intellectuellement malhonnête de réduire sa vision à un simple autoritarisme. Pour lui, l’autorité devait précéder l’ordre, et l’ordre précéder le développement.
L’enseignement à retenir aujourd’hui n’est pas la reproduction d’un pouvoir vertical, mais la nécessité d’un État capable de faire respecter la loi, de protéger ses citoyens et de s’imposer face aux intérêts privés et étrangers. La démocratie sans État fort reste fragile ; l’État fort sans démocratie devient dangereux. L’équilibre demeure le défi.
Les dirigeants actuels : héritiers ou gestionnaires de symboles ?
La mémoire de Mzee Kabila est omniprésente dans le discours politique congolais. Son nom est invoqué, son image célébrée, son patriotisme revendiqué. Mais l’héritage politique ne se mesure pas aux slogans, il se juge aux actes.
Force est de constater que son enseignement est davantage commémoré que compris.
La souveraineté qu’il défendait avec intransigeance est aujourd’hui souvent négociée, fragmentée, parfois sacrifiée au nom du pragmatisme. La dépendance sécuritaire, financière et économique de l’État congolais interroge la fidélité réelle à sa vision.
Certains dirigeants se réclament de Mzee Kabila tout en tolérant la prédation des ressources, la corruption endémique et l’affaiblissement de l’autorité publique. Cette contradiction révèle un malentendu fondamental : on ne peut pas invoquer Mzee Kabila sans assumer les exigences morales et politiques de son combat.
Un héritage à réinterpréter, non à idolâtrer
Mzee Laurent-Désiré Kabila n’était ni un saint ni un modèle parfait. Son parcours comporte des zones d’ombre, des erreurs et des échecs. Mais son apport essentiel réside ailleurs : il a rappelé aux Congolais que leur pays mérite le respect, à commencer par le leur.
Son héritage ne doit pas être figé dans une nostalgie stérile. Il doit être réinterprété à la lumière des exigences contemporaines :
une souveraineté compatible avec l’interdépendance mondiale,
une autorité de l’État respectueuse des libertés,
un nationalisme ouvert, fondé sur la compétence, la justice et l’intérêt général.
Conclusion : la responsabilité du présent
La vraie question n’est donc pas de savoir si Mzee Kabila avait raison sur tout, mais ce que les Congolais font aujourd’hui de son message.
Un peuple qui oublie ses leçons fondamentales est condamné à répéter ses tragédies.
Mzee LD Kabila nous lègue une exigence : celle de la cohérence entre le discours patriotique et l’action politique. Tant que cette cohérence fera défaut, son enseignement restera un symbole vidé de sa substance.
L’avenir du Congo ne se construira ni dans la négation de son héritage, ni dans son instrumentalisation, mais dans le courage de le dépasser avec lucidité, responsabilité et fidélité à l’essentiel : l’intérêt supérieur de la nation congolaise.
Prince Kinana nationaliste comme Mzee LDK
Président du MND
La relève


