Mutamba condamné : la justice congolaise est-elle enfin devenue imprévisible pour les puissants ? Par Salem MAPUNA

19 Décembre 2025 - 21:24
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Mutamba condamné : la justice congolaise est-elle enfin devenue imprévisible pour les puissants ? Par Salem MAPUNA

La justice congolaise n’a pas seulement rejeté des requêtes. Elle a posé un acte psychologique fort : elle a brisé un mythe. Celui selon lequel le pouvoir protège durablement ceux qui l’exercent.

En confirmant la régularité de la procédure et la condamnation de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice, la Cour constitutionnelle a contraint l’État à se confronter à lui-même. Ce jour-là, la République n’a pas jugé un homme ; elle a jugé une représentation du pouvoir.

 Le choc symbolique : juger celui qui incarnait la loi

D’un point de vue psycho-politico, ce dossier est troublant. Un ancien ministre de la Justice, gardien hier des normes et des procédures, devient aujourd’hui sujet de ces mêmes normes. Cette inversion des rôles provoque une dissonance cognitive profonde, tant au sommet de l’État que dans l’opinion publique.

Car dans l’imaginaire collectif congolais, la fonction crée une distance morale avec la sanction. Le pouvoir n’est pas seulement un statut, il devient une armure.

Le 19 décembre, cette armure s’est fissurée.

La fin d’un récit victimaire

La stratégie de défense reposait sur un récit bien connu :

celui d’une justice instrumentalisée, d’une procédure biaisée, d’un acharnement politique.

Or, en rejetant les requêtes en inconstitutionnalité, la Cour constitutionnelle a neutralisé ce récit. Elle a rappelé une vérité simple mais dérangeante : le droit ne s’adapte pas aux émotions du pouvoir déchu.

Psychologiquement, c’est un moment de rupture. L’ancien ministre n’est plus victime d’un système ; il devient acteur responsable dans un système qui fonctionne, au moins cette fois-ci.

Une justice imparfaite, mais debout

Il serait naïf de transformer cette décision en preuve d’une justice totalement indépendante. La justice congolaise reste traversée par des fragilités structurelles, des pressions politiques et des lenteurs chroniques.

Mais refuser de reconnaître ce pas en avant serait tout aussi dangereux.

Car les sociétés ne progressent pas par des miracles, mais par des précédents.

Et le dossier Mutamba crée un précédent : celui où la justice ose aller jusqu’au bout, malgré le poids politique du prévenu.

Le message est clair, presque brutal :

 _le pouvoir n’est plus une garantie d’impunité à vie ;

la fonction ne protège pas éternellement contre la loi_ .

C’est un avertissement psychologique adressé à toute l’élite politique : gouverner, désormais, implique un risque réel de reddition des comptes.

Le 19 décembre ne marque pas la victoire définitive de l’État de droit.

Il marque la fin d’une excuse.

Désormais, chaque dossier classé sans suite, chaque scandale étouffé, sera comparé à ce précédent. Et la question ne sera plus : « la justice peut-elle agir ? »

Mais plutôt : « pourquoi agit-elle ici et pas ailleurs ? »

C’est dans cette constance ou son absence  que se jouera l’avenir réel de la justice congolaise.

Salem MAPUNA

Analyste psycho-politico

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