Ituri : le Grand ménage de Louis Watum à Mahagi, un tournant pour la souveraineté minière
En ordonnant la fermeture immédiate des sites aurifères illégaux dans le territoire de Mahagi, le Ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, ne se contente pas d'une mesure technique. Il lance un signal fort : l’heure de la récréation est finie pour la mafia minière qui asphyxie l’Est de la République Démocratique du Congo. Par Dieudonné uyirwoth jakwong'a
Ce n'est plus un secret pour personne, le sous-sol de l'Ituri est autant une bénédiction qu'un fardeau. À Mahagi, l’exploitation illicite de l'or est devenue, au fil des années, un État dans l’État. Mais ce mardi 21 avril, le ton a changé. Lors de sa mission d'inspection, le Ministre des Mines a tranché, les sites opérant en dehors de tout cadre légal doivent fermer leurs portes, sans délai.
Reprendre le contrôle sur « l'or de sang »
L’angle choisi par le ministre Watum est clair : la traçabilité. Chaque gramme d’or qui sort clandestinement de Mahagi est une perte sèche pour le Trésor public, mais surtout un carburant potentiel pour l’insécurité qui ronge la province. En fermant ces sites, le gouvernement cherche à tarir les sources de financement obscures et à réorienter les flux financiers vers le développement local.
« On ne peut plus accepter que nos ressources enrichissent des individus ou des réseaux occultes pendant que les routes de Mahagi sont impraticables et que les écoles manquent de tout », a laissé entendre l'entourage du ministre.
Vers une transition forcée vers l'artisanat légal
Loin de vouloir supprimer l'activité minière, cette décision vise à forcer une transition vers la formalisation. Pour les milliers de creuseurs artisanaux qui dépendent de ces mines, l'enjeu est de taille. L'objectif affiché est de les regrouper au sein de coopératives agréées, les seules capables de garantir un prix juste et des conditions de travail dignes.
C'est ici que réside le véritable défi du « plan Watum » : transformer une économie de survie, souvent brutale et polluante, en un levier de croissance structuré. La fermeture des sites illégaux n'est que la première étape d'une stratégie plus vaste de « nettoyage » du secteur aurifère entamée depuis plusieurs mois à travers le pays.
Si l'annonce est saluée par la société civile, la question de son application sur le terrain reste entière. Mahagi, de par sa position frontalière, est une zone complexe où les influences sont multiples. La réussite de cette mesure dépendra de la coordination entre les services des mines et les forces de sécurité pour s'assurer que les scellés ne soient pas brisés une fois les délégations officielles reparties pour Kinshasa.
En frappant du poing sur la table à Mahagi, Louis Watum Kabamba joue sa crédibilité. S'il réussit à assainir ce bastion de la fraude, c'est toute la politique minière du gouvernement qui en sortira renforcée. L’Ituri regarde désormais vers l’avenir, espérant que l’or de ses entrailles serve enfin à bâtir sa paix.


