Sénégal : Quand la rupture au sommet de l’état risque de fragiliser la confiance collective
Pendant longtemps, le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko a incarné au Sénégal bien plus qu’une alliance politique. Aux yeux d’une partie importante de la population, il représentait une promesse : celle d’une rupture avec les anciennes pratiques politiques, celle d’un nouvel imaginaire national, celle d’un changement attendu depuis plusieurs années.
Mais lorsqu’une alliance fondée sur une promesse commune se fissure, les conséquences dépassent largement les individus concernés. Elles touchent aussi la psychologie collective d’un peuple.
Le récent limogeage d’Ousmane Sonko suivi de son accession à la présidence de l’Assemblée nationale ouvre une nouvelle séquence politique, dont les inconvénients méritent une attention particulière.
Le premier inconvénient est celui de l’instabilité institutionnelle. Un État tire sa force non seulement de ses institutions, mais également de la perception de stabilité qu’il projette. Lorsqu’un pouvoir issu d’une même famille politique expose publiquement ses fractures internes, les partenaires économiques, les investisseurs et même une partie des citoyens peuvent développer une attitude d’attentisme.
Le deuxième risque est psychologique. En politique, l’espoir est une ressource stratégique. Des populations qui avaient investi émotionnellement dans une vision commune peuvent progressivement passer de l’enthousiasme à la confusion. Une déception politique répétée produit souvent un phénomène de fatigue civique : les citoyens cessent progressivement de croire aux discours de transformation.
Le troisième inconvénient concerne les rapports de pouvoir eux-mêmes. L’élection d’Ousmane Sonko à la tête du Parlement après son départ de la Primature crée une configuration institutionnelle délicate. Le danger n’est pas nécessairement la confrontation directe, mais plutôt la possibilité d’un ralentissement des décisions majeures ou d’une compétition interne permanente.
Enfin, il existe un risque plus profond : celui de personnaliser excessivement le projet politique. Lorsqu’un système politique devient fortement associé à des figures plutôt qu’à des mécanismes institutionnels solides, les désaccords individuels peuvent rapidement devenir des crises nationales.
Le Sénégal demeure l’une des démocraties les plus observées du continent africain. Cependant, les moments critiques révèlent souvent une vérité politique fondamentale : conquérir le pouvoir exige une alliance, mais gouverner durablement exige une cohérence.
Les peuples ne craignent pas uniquement les crises. Ils craignent surtout les promesses qui perdent leur direction.
Salem MAPUNA analyste psycho-Politico


