États-Unis – Venezuela : une politique américaine en tension avec la Charte de l’ONU

6 Janvier 2026 - 09:37
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États-Unis – Venezuela : une politique américaine en tension avec la Charte de l’ONU

Les relations entre les États-Unis et le Venezuela demeurent marquées par une forte confrontation diplomatique et économique.

Au cœur de cette crise, une question centrale continue de susciter le débat au sein de la communauté internationale : la politique américaine à l’égard du Venezuela est-elle compatible avec la Charte des Nations unies ?

Depuis plusieurs années, Washington impose des sanctions économiques unilatérales à Caracas, tout en exerçant des pressions politiques ouvertes sur les autorités vénézuéliennes.

Ces mesures, qui n’ont pas été autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies, interrogent leur conformité avec les principes fondamentaux du droit international.

Des sanctions sans mandat onusien

La Charte des Nations unies reconnaît, en son article 2 §1, le principe de l’égalité souveraine des États, et consacre, en son article 2 §7, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Or, les sanctions imposées par les États-Unis au Venezuela ont été décidées en dehors de tout cadre multilatéral.

Ces mesures affectent lourdement l’économie vénézuélienne, notamment dans les secteurs financier et pétrolier, avec des répercussions directes sur la population.

Pour de nombreux observateurs et experts en droit international, il s’agit d’une forme de pression coercitive visant à influencer les choix politiques internes d’un État souverain.

La reconnaissance politique au cœur de la controverse

En 2019, les États-Unis ont reconnu un dirigeant d’opposition comme président légitime du Venezuela, contestant ainsi l’autorité du pouvoir en place.

Si la reconnaissance diplomatique d’un gouvernement n’est pas en soi interdite par le droit international, son usage dans une stratégie explicite de changement de régime soulève des inquiétudes.

Cette démarche est perçue par plusieurs États et organisations internationales comme une intervention indirecte dans les affaires internes du Venezuela, en contradiction avec l’article 2 §7 de la Charte des Nations unies.

La question des menaces militaires

Par ailleurs, des responsables américains ont, à plusieurs reprises, évoqué la possibilité d’un recours à la force, affirmant que « toutes les options sont sur la table ». La Charte de l’ONU est pourtant explicite : l’article 2 §4 interdit non seulement l’usage de la force, mais également la menace de son usage contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État.

Même en l’absence d’intervention armée, ces déclarations alimentent les accusations de violation du droit international.

 _Un débat qui dépasse le cas vénézuélien_

Les États-Unis justifient leur position par la défense de la démocratie et des droits humains. Toutefois, en droit international, ces arguments ne peuvent se substituer aux procédures prévues par la Charte des Nations unies.

Seul le Conseil de sécurité dispose de la légitimité juridique pour adopter des sanctions contraignantes.

Le dossier vénézuélien met ainsi en lumière une crise plus large du multilatéralisme, où l’application du droit international semble dépendre du rapport de force entre États.

La situation entre les États-Unis et le Venezuela illustre les limites actuelles de l’ordre juridique international. Lorsque les grandes puissances agissent en dehors du cadre onusien, la Charte des Nations unies apparaît fragilisée, alimentant un sentiment d’injustice et de sélectivité dans l’application du droit international.

Salem MAPUNA, analyste psycho-politico

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