Joseph Kabila à Goma : la maison comme métaphore du pouvoir et de l’exil intérieur

23 Mars 2026 - 13:28
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Joseph Kabila à Goma : la maison comme métaphore du pouvoir et de l’exil intérieur

La récente interview de Joseph Kabila à La Libre Belgique n’est pas qu’un simple entretien. C’est un manifesto subtil d’une présence politique controversée, où le tangible – sa maison de Goma – devient symbole d’enracinement, de nostalgie et de légitimité historique. L’homme, que certains continuent de considérer comme une ombre du passé, s’y présente comme un acteur central de la stabilité congolaise, refusant de se laisser enfermer dans la caricature d’un “ex-président retraité”.

D’un point de vue psychologique , Kabila joue sur deux registres émotionnels puissants. D’une part, la proximité affective avec la population : déclarer que Goma est « chez lui » n’est pas qu’une précision géographique, c’est une stratégie pour réactiver le sentiment d’appartenance et de protection, alors que la région reste marquée par l’insécurité et l’instabilité. D’autre part, il projette la victimisation : l’accusation d’acharnement politique contre lui sert à renforcer son capital moral, à susciter de la sympathie et à légitimer chaque mouvement futur, qu’il s’agisse d’une sortie publique ou d’une initiative politique.

Sur le plan politique, sa lecture de l’accord avec Félix Tshisekedi est révélatrice : il ne se positionne pas comme l’homme qui a “mis au pouvoir” le président actuel, mais comme l’architecte indispensable de l’équilibre institutionnel. Cette distinction est subtile mais capitale : elle transforme l’image d’un acteur manipulateur en celle d’un arbitre stratégique, indispensable pour toute forme de gouvernance durable.

Et, ce discours révèle une tension constante entre le contrôle et la vulnérabilité. Kabila se veut maître de sa narration, mais chaque affirmation sur l’Est, chaque rejet d’accusation, trahit une anxiété latente de légitimation. Dans le contexte psycho-politique congolais, cette ambivalence est typique des anciens leaders : leur présence continue à provoquer des réactions émotionnelles fortes, oscillant entre respect historique et défiance populaire.

Pour finir , cet entretien n’est pas simplement une sortie médiatique ; c’est une stratégie de construction symbolique, où le tangible (la maison) et l’intangible (la perception, la mémoire, le récit) s’entrelacent pour renforcer l’autorité politique et l’influence psychologique. Comprendre Kabila aujourd’hui, c’est lire ces couches : comprendre que derrière chaque geste, chaque mot, se cache un calcul qui mêle histoire personnelle, pouvoir politique et affect collectif.

Salem MAPUNA, analyste psycho-politicologies

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