Suspension du porte-parole des FARDC : une faute de communication révélatrice d’une fragilité psychologique collective

29 Décembre 2025 - 13:55
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Suspension du porte-parole des FARDC : une faute de communication révélatrice d’une fragilité psychologique collective

La suspension du porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ne peut être comprise uniquement comme une mesure disciplinaire. Elle s’inscrit dans un contexte où la parole officielle agit directement sur l’état psychologique de la population et sur les équilibres politiques du pays.

Dans une nation confrontée à une insécurité prolongée, la communication militaire devient un vecteur d’émotions collectives : elle rassure, inquiète, mobilise ou divise.

Le choc psychologique : quand les mots réveillent les peurs enfouies. Sur le plan psychologique, les propos ayant conduit à cette suspension ont touché un nerf sensible de la société congolaise : la peur de l’exclusion et de la stigmatisation identitaire.

Dans un pays marqué par des conflits armés à dimension communautaire, certaines paroles réactivent des mémoires traumatiques collectives.

Ce type de discours provoque un mécanisme bien connu : la généralisation émotionnelle. 

Une partie de la population se sent menacée, une autre se sent confortée dans ses soupçons, et l’espace de la rationalité se réduit.

La conséquence directe est une montée de la méfiance, y compris envers l’État censé protéger tous les citoyens sans distinction.

L’effet sur le moral national et la cohésion sociale

La parole militaire influence fortement le moral collectif.

Lorsqu’elle est perçue comme partisane ou discriminante, elle fragilise le sentiment d’appartenance nationale.

Psychologiquement, cela crée une fracture entre “eux” et “nous”, une ligne invisible mais dangereuse qui affaiblit la solidarité nationale en période de crise.

Dans un contexte de guerre, cette fracture est un avantage stratégique pour les groupes armés et les acteurs extérieurs hostiles, qui prospèrent sur la peur, la division et la perte de confiance envers les institutions.

La dimension politique de la suspension

Politiquement, la suspension vise à contenir les dégâts.

Elle envoie un message clair : l’État refuse que la communication officielle alimente les tensions sociales.

C’est un acte de contrôle institutionnel, mais aussi un geste symbolique destiné à calmer les émotions et à restaurer une forme de confiance.

Toutefois, cette décision pose une question centrale :

la gestion de la parole publique est-elle suffisamment intégrée comme un enjeu stratégique au sein des FARDC ? Sans une doctrine claire et une formation adaptée, les risques de rechute demeurent.

Une leçon à tirer : gouverner, c’est aussi réguler les émotions

Cette affaire rappelle une vérité souvent négligée : gouverner ne consiste pas uniquement à prendre des décisions militaires ou politiques, mais aussi à réguler les émotions collectives.

La parole officielle est un instrument de pouvoir psychologique ; elle peut stabiliser une nation ou contribuer à son éclatement symbolique.

Pour finir  la suspension du porte-parole des FARDC doit être lue comme un avertissement. En temps de crise, les mots ne sont jamais neutres. Ils façonnent les peurs, orientent les comportements et déterminent la capacité d’un pays à rester uni face à l’adversité.

Salem MAPUNA

Analyste psycho-politico

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.