17 janvier : État de la nation congolaise, entre mémoire brisée et présent inquiet

17 Janvier 2026 - 12:34
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17 janvier : État de la nation congolaise, entre mémoire brisée et présent inquiet

Le 17 janvier n’est pas une date ordinaire dans l’histoire de la République démocratique du Congo. C’est le jour où Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, a été assassiné. Ce jour n’est pas seulement un rappel historique, il agit comme un miroir brutal tendu à la nation congolaise, révélant ses fractures politiques, psychologiques et morales.

1. Une nation née dans la violence politique

L’assassinat de Lumumba a posé dès l’origine une base instable à l’État congolais. Il a signifié que la souveraineté populaire pouvait être neutralisée par des intérêts internes et externes. Depuis lors, l’État congolais peine à se construire comme une autorité protectrice, crédible et respectée. Cette violence fondatrice continue de hanter les institutions, où la logique de survie politique l’emporte souvent sur la vision nationale.

2. L’État aujourd’hui : fort sur le papier, fragile dans la réalité

En ce 17 janvier, l’État existe juridiquement, mais son autorité demeure fragmentée. Des portions du territoire échappent encore au contrôle effectif du pouvoir central, particulièrement à l’Est. Cette situation entretient un sentiment collectif d’abandon, renforçant la méfiance entre citoyens et institutions. L’État apparaît plus réactif que stratège, plus gestionnaire de crises que bâtisseur de solutions durables.

3. Une mémoire nationale mal assumée

Lumumba est célébré comme un héros, mais rarement assumé comme un projet politique exigeant. Son idéal de dignité, d’indépendance réelle et de justice sociale reste largement symbolique. La nation commémore, mais ne transforme pas. Cette dissonance crée une frustration collective : on honore le martyr sans prolonger sa vision dans les actes concrets de gouvernance.

4. Le peuple : entre résilience et fatigue psychologique

Le Congolais d’aujourd’hui est résilient, mais épuisé. Il a développé des mécanismes d’adaptation face à l’instabilité, à la précarité et à l’incertitude. Psychologiquement, cette fatigue se traduit par un mélange de colère contenue, de désillusion politique et de repli individuel. La nation survit, mais elle peine à espérer.

5. Le 17 janvier comme rappel politique

Cette date devrait être un moment d’introspection nationale, pas seulement de commémoration. Elle pose une question centrale : avons-nous construit l’État pour lequel Lumumba a été éliminé, ou avons-nous normalisé sa trahison ? Tant que cette question restera sans réponse honnête, l’État congolais demeurera incomplet.

Pour terminer, le 17 janvier nous rappelle que la crise congolaise n’est pas seulement territoriale ou sécuritaire, elle est profondément politique et psychologique. L’État de la nation aujourd’hui reflète un pays qui n’a pas encore réglé son conflit originel avec lui-même : celui entre la souveraineté proclamée et la souveraineté réellement exercée.

Salem MAPUNA, analyste psycho-politico

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