Sanctions américaines contre l'armée rwandaise, Denis Mukwege salut une décision "nécessaire mais insuffisante "
Le cadre de la Prix Nobel de la paix, Monsieur Denis Mukwege est monté au créneau pour saluer les nouvelles sanctions imposées par les États-Unis contre des responsables des Forces de défense rwandaises (RDF), accusés d’implication dans l’instabilité persistante à l’Est de la République démocratique du Congo. Par Augustin Ndjabu
Dans un communiqué rendue public ce mardi 3 mars 2026 à 15 heures de Kinshasa, consulté par Wise.cd à même heure, le gynécologue congolais estime que ces mesures constituent un signal fort de la communauté internationale, tout en appelant à un renforcement de la pression diplomatique et économique contre Kigali.
Un tournant attendu
Les sanctions annoncées le 2 mars 2026 par le Département du Trésor américain visent les RDF ainsi que quatre hauts officiers rwandais. Washington les accuse d’être impliqués dans les violences et les activités déstabilisatrices au Nord et Sud-Kivu, où les affrontements impliquant le mouvement rebelle M23 ont ravivé les tensions régionales.
Pour Denis Mukwege, cette décision pourrait contribuer à « modifier le rapport de force sur le terrain », rappelant que le Rwanda demeure fortement dépendant de l’aide internationale. Il établit un parallèle avec la crise de 2012-2013, dont le dénouement avait été accéléré par une pression internationale accrue.
Appel à des sanctions coordonnées
Toutefois, le Prix Nobel juge ces sanctions « nécessaires mais non suffisantes ». Il exhorte les partenaires internationaux à adopter des mesures coordonnées afin d’isoler politiquement, diplomatiquement et économiquement le régime de Kigali.
Denis Mukwege plaide notamment pour l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la fin de tout soutien au M23. Il demande également le démantèlement des administrations parallèles établies dans les zones sous contrôle rebelle.
Interpellation de l’ONU et de l’Union européenne
Dans son communiqué, le lauréat du Nobel interpelle aussi les Nations Unies. Il estime que les sanctions américaines devraient logiquement entraîner le retrait du Rwanda comme pays contributeur aux missions de maintien de la paix de l’ONU, jugeant « inacceptable » qu’une armée accusée de déstabilisation régionale continue de participer aux opérations onusiennes.
Il appelle par ailleurs l’Union européenne ainsi que certains États membres, notamment la France et la Pologne, à suspendre leur coopération sécuritaire et militaire avec Kigali et à geler toute aide budgétaire directe.
« Restaurer la primauté du droit international »
Au-delà des sanctions, Denis Mukwege insiste sur la nécessité d’une volonté politique internationale forte pour mettre fin à ce qu’il qualifie de catastrophe sécuritaire et humanitaire persistante dans la région des Grands Lacs africains.
« Le respect du droit international doit prévaloir pour restaurer la paix et la stabilité », conclut-il, appelant à une mobilisation globale afin d’éviter l’enlisement du conflit et d’ouvrir la voie à une solution durable en faveur des populations civiles congolaises.
Cette nouvelle prise de position intervient dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre Kigali et plusieurs capitales occidentales, alors que la situation sécuritaire demeure volatile dans l’Est de la RDC.


