L’Est du Congo : Quand la diplomatie signe pendant que la population saigne [Salem MAPUNA]

5 Août 2025 - 10:40
5 Août 2025 - 10:41
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L’Est du Congo : Quand la diplomatie signe pendant que la population saigne [Salem MAPUNA]

Alors que les accords de Doha, salués par la communauté internationale, prétendent tracer le chemin vers la paix, la réalité dans les collines du Nord-Kivu nous rappelle que la guerre, elle, ne signe pas d’accords. Elle se vit, elle s’impose, elle s’enracine.

 Une paix mise en scène

Politiquement, la RDC semble engagée dans une stratégie de légitimation internationale plutôt que de sécurisation interne. En multipliant les accords, les gouvernants cherchent à démontrer leur volonté de paix. Mais cette diplomatie sans muscles pose problème. Car sur le terrain, le M23 — pourtant signataire — reprend des villages. Cela pose une question cruciale : la RDC est-elle acteur ou simple spectateur de sa propre paix ?

Derrière cette diplomatie, c’est un jeu géopolitique plus large qui se joue, où le Rwanda, le Qatar, les USA et l’Union Africaine apparaissent tour à tour comme parrains, juges et parfois même complices silencieux. Le peuple congolais, lui, n’est que le figurant souffrant d’un théâtre régional qu’il ne contrôle pas.

 Une population traumatisée, un État dissocié

Psychologiquement, la situation est encore plus grave. L’Est du pays est plongé dans un état de stress post-traumatique collectif, où chaque tentative de paix ravive aussi la mémoire des trahisons précédentes. Comment croire à une sortie du tunnel quand les négociations d’hier sont trahies dès le lendemain ?

Chaque attaque, chaque déplacement forcé, chaque viol ou pillage enfonce un peu plus les populations dans une spirale de résignation, de méfiance et de désensibilisation. Les jeunes grandissent avec la guerre comme normalité. Les communautés vivent dans un présent sans lendemain.

Et pendant ce temps, l’État congolais souffre d’un phénomène de dissociation institutionnelle : il agit sur la scène internationale comme une entité forte et souveraine, alors qu’en interne, il peine à faire respecter le moindre cessez-le-feu.

La paix sans sécurité est une illusion

Tant que le processus de paix ne prendra pas en compte le soin psychologique des victimes, la réintégration sociale des déplacés, et la restauration de la confiance entre les institutions et les communautés, alors il ne sera qu’un parchemin parmi tant d’autres.

Et tant que le politique se contentera d’un vernis diplomatique sans autorité sur le terrain, alors l’insécurité restera la seule langue que parlent les armes.

En définitive le vrai défi congolais n’est pas seulement de désarmer les rebelles, mais aussi de réarmer les esprits, de réconcilier l'État avec ses citoyens, et de transformer la douleur collective en puissance citoyenne.

La guerre à l’Est est un symptôme. Le mal est plus profond. Il est dans la perte du lien entre le politique et le psychique, entre la gouvernance et la mémoire traumatique d’un peuple.

Et cela, aucun traité ne le guérira sans une volonté sincère de justice, de réparation, et de sécurité réelle.

Salem MAPUNA

Le Politico-Psychologue

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.