Quand l’État corrige ses propres erreurs sur le dos de la population par Salem MAPUNA analyste psycho-politico

16 Mai 2026 - 11:07
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Quand l’État corrige ses propres erreurs sur le dos de la population par Salem MAPUNA analyste psycho-politico

Le communiqué du gouvernement provincial sur la fin du moratoire des anciennes plaques d’immatriculation provoque plus de colère que d’adhésion dans l’opinion publique kinoise. Et cette réaction est logique. Parce que la vraie question n’est pas seulement celle du contrôle des véhicules, mais celle de la responsabilité de l’État dans le désordre qu’il prétend aujourd’hui combattre.

Les plaques que les autorités qualifient désormais d’“obsolètes” n’ont pas été fabriquées clandestinement par la population. Elles ont été délivrées par les services de l’État lui-même. Pendant des années, ces plaques ont circulé sans problème, sans opposition officielle, sans interdiction stricte. Aujourd’hui, le même système qui les a mises en circulation revient avec un discours de fermeté, accompagné de menaces de saisie et de mise en fourrière.

C’est cette incohérence qui dérange.

Dans la psychologie collective congolaise, il existe déjà une forte méfiance envers les décisions administratives brusques. Beaucoup de citoyens ont l’impression que les règles changent constamment, sans préparation sérieuse ni considération des réalités sociales. Quand l’administration donne d’une main puis retire brutalement de l’autre, la population ne voit plus l’État comme un organisateur, mais comme une structure instable qui déplace continuellement les problèmes vers les citoyens.

Le plus inquiétant dans cette affaire, ce n’est même pas le changement des plaques. C’est la manière de gouverner. On retrouve encore cette culture administrative où l’autorité communique d’abord par la menace avant d’expliquer clairement ses propres responsabilités dans la situation actuelle.

Dans un pays où beaucoup survivent difficilement, immobiliser un véhicule peut signifier arrêter une activité économique, bloquer un taxi, paralyser une famille ou empêcher un agent de travailler. Pourtant, dans plusieurs communications officielles, la réalité sociale disparaît souvent derrière le langage bureaucratique.

Le pouvoir semble vouloir démontrer son autorité. Mais l’autorité sans cohérence produit rarement le respect ; elle produit surtout la frustration. Un État crédible est un État capable d’assumer ses erreurs administratives avant d’exiger des sacrifices de la population.

Cette situation révèle aussi un autre phénomène politique : lorsqu’un système peine à résoudre les grandes crises structurelles, il se tourne parfois vers des opérations visibles de contrôle pour afficher une image de rigueur et d’action publique. Les contrôles routiers deviennent alors autant des outils administratifs que des instruments symboliques de démonstration du pouvoir.

Mais dans la rue, beaucoup de citoyens ne voient pas une réforme. Ils voient surtout une population sommée de payer les conséquences d’une gestion qu’elle n’a jamais contrôlée.

Salem MAPUNA, analyste psycho-Politico

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