Beni : une génération "fantôme" menacée de mort civile
Dans le territoire de Beni, l’avenir de milliers d’enfants ne tient plus qu’à une page blanche. Depuis quatre ans, une rupture de stock chronique de registres à l’état civil paralyse l’administration locale, plongeant les nouveau-nés dans un vide juridique total. Sans acte de naissance, ces enfants sont, aux yeux de la loi, inexistants. La Rédaction
Le délai légal est pourtant clair, les parents disposent de 90 jours pour enregistrer une naissance. Passé ce cap, la procédure devient un parcours du combattant judiciaire. Mais à Beni, même la volonté des parents se heurte à des bureaux vides.
L’absence de ce document essentiel, premier lien entre l’individu et l’État, n’est pas qu’une simple formalité manquante. C'est une barrière invisible qui prive déjà ces mineurs de leurs droits les plus élémentaires :
Difficultés majeures pour l'inscription au cycle scolaire formel et l'obtention de certificats d'études.
Accès limité aux soins de santé publique et aux programmes de protection sociale.
Absence de preuve de l'âge, rendant ces enfants plus vulnérables aux abus, au travail forcé ou au recrutement par des groupes armés dans une région déjà meurtrie par l’insécurité.
Pour ces milliers d'enfants, l'avenir s'annonce comme une impasse. Sans existence juridique, ils sont techniquement menacés d'apatridie. Sans identité, comment prouver sa filiation ou son appartenance à la nation congolaise ?
« Sans acte de naissance, c'est toute une génération que l'on condamne à l'invisibilité », s'alarment les acteurs de la société civile locale.
Si la situation perdure, les conséquences à l'âge adulte seront irréversibles. Le passage à la vie civile active leur sera barré :
Impossibilité d'obtenir une carte d'électeur et donc de participer à la vie démocratique du pays.
Exclusion du marché de l'emploi formel et de l'accès au crédit bancaire.
Entrave à la libre circulation, faute de documents d'identité nationaux ou de passeports.
Face à cette « mort civile » programmée, l'appel à l'endroit des autorités provinciales et nationales se fait pressant. La restauration de l'autorité de l'État dans le Nord-Kivu ne peut se limiter au seul volet sécuritaire ; elle doit impérativement passer par le rétablissement des services de base.
La régularisation de ces milliers de naissances, via des audiences foraines ou des mesures administratives exceptionnelles, est aujourd'hui une question de survie citoyenne. Pour les enfants de Beni, retrouver une identité, c’est avant tout retrouver l’espoir d’un avenir au sein de la communauté nationale.


