Vital Kamerhe: entre dignité affichée et blessure narcissique cachée [ Salem MAPUNA, Politico-Psychologue]

23 Septembre 2025 - 10:17
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Vital Kamerhe: entre dignité affichée et blessure narcissique cachée [ Salem MAPUNA, Politico-Psychologue]

La démission de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un simple épisode institutionnel. Elle s’apparente à un véritable séisme dans la vie politique congolaise, et révèle, derrière les discours officiels, les logiques de pouvoir et les mécanismes psychologiques qui gouvernent nos élites. Analyse de Salem MAPUNA, consultant maison du Web Magazine WISE.cd

Une recomposition brutale des rapports de force

En acceptant le départ de Kamerhe, l’UDPS et ses alliés envoient un message clair : personne n’est intouchable, même un compagnon historique du Chef de l’État. Derrière l’argument de « contrôle parlementaire », c’est en réalité une lutte de domination qui se joue. Le parti présidentiel, en imposant cette rupture, réduit la marge de manœuvre des alliés et consolide son autorité interne. Mais à quel prix ? La coalition au pouvoir se fragilise, car l’homme de Bukavu incarnait un pont symbolique avec l’Est, une région meurtrie qui se sent déjà marginalisée.

Le choix psychologique d’une démission volontaire

Kamerhe aurait pu résister, s’accrocher, attendre l’humiliation publique d’une destitution. Il a préféré anticiper. Psychologiquement, c’est un mécanisme d’évitement de la honte : partir avant qu’on ne vous chasse, transformer une faiblesse en acte de dignité. Il a choisi de quitter la scène en patriote « porté par l’amour de la patrie », plutôt qu’en accusé. Ce choix permet de sauver son image et de garder un capital politique pour l’avenir.

Entre victimisation et stratégie de rebond

Mais il serait naïf de réduire cette démission à un simple acte de noblesse. Kamerhe s’offre aussi un rôle : celui du martyr politique. Victime de ses alliés, incompris par ses adversaires, mais toujours disponible pour servir. Ce récit, construit sur la victimisation, lui offre une plateforme psychologique pour rebondir. Dans un pays où la mémoire collective aime les « revenants » politiques, ce scénario est loin d’être exclu.

Une blessure narcissique profonde

Derrière l’élégance du discours, il y a la douleur de l’ego. Kamerhe s’est toujours vu comme un « faiseur de rois », un stratège incontournable du pouvoir congolais. Être écarté d’un poste central, après avoir tant œuvré pour l’ascension de Félix Tshisekedi, est un choc narcissique. La blessure est réelle, même si elle est masquée par les mots de dignité.

Pour terminer la démission de Vital Kamerhe nous rappelle une vérité crue : la politique congolaise ne se joue pas seulement sur les textes et les institutions, mais aussi sur les psychologies individuelles, les egos blessés et les quêtes de reconnaissance. Pour Kamerhe, l’histoire n’est pas terminée : il lui reste à transformer cette sortie forcée en opportunité de retour. Mais pour la coalition au pouvoir, le risque est grand : écarter un allié encombrant peut se révéler être une victoire à la Pyrrhus.

Salem MAPUNA , POLITICO-PSYCHOLOGUE

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.