Ituri : le drame des jeunes mineurs de Mahagi, de la quête d'or au scandale sanitaire

6 Juin 2026 - 19:56
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Ituri : le drame des jeunes mineurs de Mahagi, de la quête d'or au scandale sanitaire

C’est un exode silencieux qui commence par l’espoir et s’achève dans l’horreur. Fuyant la précarité du territoire de Mahagi, en Ituri, des centaines de jeunes tentent chaque année leur chance dans les mines d’or du Haut-Uelé. Mais derrière le mirage du métal précieux se cache une réalité mortifère : le rapatriement de leurs dépouilles, abandonné à la débrouille totale à travers le territoire d’Aru, tourne aujourd'hui au scandale humanitaire et sanitaire. Par DIEUDONNÉ UYIRWOTH JAKWONG'A 

​La semaine dernière, au moins trois dépouilles ont transité par la commune d’Aru dans des conditions révoltantes. Faute de moyens et en l'absence totale de prise en charge par les exploitants miniers ou les autorités, les familles en sont réduites à engager de simples motos-taxis pour ramener les corps. Ligotés à l'arrière des deux-roues, sans aucun protocole de conservation, les corps parcourent des centaines de kilomètres sous une chaleur accablante. Durant ce long trajet, les conducteurs, souvent à court de ressources, stationnent parfois des heures sur les places publiques en attendant un relais financier.

​L'indignité a franchi un cap ces derniers jours. Les fidèles de l’église CECA 20 Ania ont découvert un cadavre sur une moto stationnée devant leur lieu de culte, tandis qu'un autre motocycliste, à bout de forces, a tenté d'abandonner une dépouille dans la fosse d'une église locale. Un notable de la région s'indigne de cette situation, qualifiant ces faits de profanation des valeurs humaines et affirmant qu'on ne peut pas traiter des jeunes partis chercher de quoi nourrir leurs familles comme des marchandises périssables.

​Au-delà du choc éthique, cette situation expose la population à des risques épidémiologiques majeurs. Transporter des corps en décomposition avancée sur des axes publics, sans aucune mesure de biosécurité, représente une faille médicale que la région ne peut se permettre. 

L'exposition directe aux fluides corporels, le profil médical inconnu des défunts et la prolifération de vecteurs biologiques sur la voie publique menacent directement la santé collective.

​Face à ce péril, la société civile exige une intervention immédiate des autorités de l'Ituri et du Haut-Uelé. Les observateurs pointent du doigt la responsabilité des exploitants miniers, qui profitent de cette main-d'œuvre juvénile mais se désengagent au moindre drame. 

Des voix s'élèvent pour imposer des règles strictes, notamment l'obligation pour les exploitants de prendre en charge les rapatriements et la mise à disposition de transports funéraires dignes.

 Sans action urgente, la détresse économique de Mahagi continuera de se transformer en crise sanitaire pour le territoire d'Aru.