Est de la RDC : quand la sécurité devient une illusion collective
Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure une plaie ouverte. Massacres récurrents, déplacements massifs, interventions militaires à répétition : tout semble avoir été tenté, et pourtant, rien ne change fondamentalement. L’annonce récente selon laquelle « la situation sécuritaire ne s’améliorera pas d’elle-même » sonne comme un aveu d’impuissance, mais aussi comme une alerte : la paix ne tombera pas du ciel, elle doit être fabriquée, pensée et incarnée. Par Salem MAPUNA, Politico-Psychologue
Une tragédie normalisée
Psychologiquement, le plus grand danger réside dans la banalisation. L’opinion nationale, fatiguée des mauvaises nouvelles, développe un mécanisme de défense : l’indifférence. Les massacres de Beni ou d’Ituri n’émeuvent plus autant qu’avant, parce qu’ils sont devenus une routine macabre. Or, une société qui s’habitue à la violence est une société en danger : elle perd sa capacité d’indignation, et donc sa force de résilience.
Le piège de la militarisation sans horizon
Politiquement, l’État congolais répond presque toujours par la force militaire. De FARDC en état de siège, de MONUSCO en force régionale, la logique reste la même : envoyer des armes pour résoudre ce qui est aussi un problème de gouvernance, d’économie et de légitimité politique. Cette répétition traduit un aveuglement stratégique. Psychologiquement, elle s’apparente à une dépendance : croire que « plus de soldats » signifie « plus de sécurité », alors que les causes réelles (trafics, manipulations politiques, fractures communautaires) restent intactes.
Les blessures invisibles
Derrière les statistiques et les rapports, il y a des vies détruites. Les enfants qui grandissent dans les camps de déplacés portent des traumatismes silencieux. Les femmes victimes de violences sexuelles vivent avec des cicatrices psychiques souvent ignorées. Ces blessures invisibles constituent une bombe à retardement : une génération marquée par la peur et la haine risque de reproduire la violence si aucune thérapie collective n’est envisagée.
Le défi psychologique du leadership
À Kinshasa, le pouvoir oscille entre promesses de victoire et discours fatalistes. Cette oscillation traduit une psychologie politique marquée par le déni et la résignation. Or, diriger un pays en crise exige un imaginaire mobilisateur, capable d’inspirer la confiance. L’Est ne réclame pas seulement des militaires : il réclame un récit national qui réintègre ses populations dans le projet congolais, une parole qui soigne autant que des politiques qui protègent.
Pour finir l’Est de la RDC n’a pas besoin qu’on lui répète que « la paix est difficile » : ses habitants le savent mieux que quiconque. Ce dont il a besoin, c’est d’un engagement sincère, d’un courage politique qui assume les réformes, et d’une approche psychologique qui soigne les traumatismes. Tant que la sécurité sera pensée comme une affaire de fusils et non de dignité humaine, la paix restera une illusion collective.
Salem MAPUNA, le Politico-Psychologue


