Journée nationale du poisson : cri d'alarme à Mahagi face à l'effondrement de la biodiversitédu lac Albert et à la crise de l'économie bleue
Le 24 juin, alors que la RDC célèbrait la Journée nationale du poisson, l’ambiance n'est pas à la fête sur les rives du territoire de Mahagi. Le long du littoral, l’effervescence a cédé la place à une profonde inquiétude. Face à l’amenuisement drastique des ressources halieutiques, les communautés locales lancent un véritable cri d'alarme : notre écosystème aquatique est en état d'asphyxie. Par Dieudonné UYIRWOTH JAKWONG'A
Le constat empirique des pêcheurs est aujourd'hui validé par une réalité biologique glaçante. Autrefois célébré comme l'un des réservoirs lacustres les plus poissonneux de la planète, le lac Albert traverse une crise écologique sans précédent. Son exceptionnelle biodiversité, qui comptait jadis plus de cinquante espèces endémiques, s'est littéralement effondrée : à peine une dizaine d’entre elles subsistent encore aujourd'hui. Cette érosion fulgurante de la faune aquatique place la région au bord du gouffre, menaçant autant la sécurité alimentaire que la survie économique de milliers de ménages.
« Nous assistons à une double catastrophe : environnementale et socio-économique. Si rien n'est fait, c'est tout l'équilibre de notre économie bleue qui va s'effondrer », s'alarme un acteur environnemental local.
Cette dégradation environnementale n’est pas une fatalité, mais le résultat direct de pressions conjuguées. En première ligne : une pression anthropique et démographique galopante qui surexploite les frayères, zones pourtant cruciales pour la reproduction des poissons. À cela s'ajoute une gouvernance environnementale encore trop timide, caractérisée par un déficit de régulation et les pratiques de pêche illicites ou destructrices.
La pisciculture : Une alternative qui peine à éclore
Face à l'épuisement des stocks sauvages, la pisciculture aurait pu s'imposer comme la bouée de sauvetage de la région. Malheureusement, l'aquiculture continentale l'élevage de poissons en étang peine encore à décoller et à s'implanter durablement dans l'hinterland de Mahagi. Manque d'intrants, déficit de formation technique et investissements frileux freinent la transition vers cette alternative pourtant indispensable pour desserrer l'étau sur le lac.
En cette journée de réflexion nationale, Mahagi ne réclame pas des festivités, mais des actions urgentes : une restauration rigoureuse de la gouvernance lacustre, un soutien massif à l'aquiculture durable et un sursaut collectif pour sauver ce qui peut encore l'être de notre patrimoine bleu.


