L’Est du Congo : quand l’insécurité devient un quotidien Tribune de Salem MAPUNA
Depuis des décennies, l’Est de la République démocratique du Congo vit dans une spirale de violences où les massacres succèdent aux massacres, où les enlèvements deviennent banals, et où l’État apparaît comme un acteur spectateur. Les récentes tueries à Bapere, dans le Nord-Kivu, attribuées aux ADF, rappellent que la paix est encore une promesse lointaine pour des millions de Congolais.
1. Une guerre qui a muté
Les conflits de l’Est ne sont plus seulement militaires : ils sont sociaux, psychologiques et économiques. Les ADF tuent, kidnappent et brûlent des villages, mais derrière chaque attaque se cache un objectif plus grand : détruire la confiance entre l’État et ses citoyens. L’insécurité est devenue un langage : elle dit au peuple que Kinshasa est trop loin, trop impuissant.
2. Une armée qui lutte contre l’invisible
Les FARDC affirment vouloir « anéantir les ADF ». Mais comment combattre un ennemi diffus, qui se cache dans la population, qui se finance par des minerais et qui bénéficie parfois de complicités transfrontalières ? Le soldat congolais se bat souvent avec un moral fragile, mal payé, et dans un contexte où même la population qu’il protège doute de sa capacité. Psychologiquement, une armée qui inspire la peur plutôt que la confiance devient elle-même un facteur d’insécurité.
3. L’hémorragie sociale
Chaque attaque n’est pas seulement une statistique macabre : elle est une blessure collective. Les enfants grandissent dans la peur, les familles se déplacent encore et encore, les villages se vident. La guerre détruit non seulement des vies, mais aussi l’imaginaire collectif d’un avenir. À force de vivre dans l’instabilité, une partie de la population finit par intérioriser la guerre comme une normalité. C’est là que le danger psychologique est le plus grand.
4. La géopolitique du chaos
L’Est du Congo n’est pas isolé : c’est un espace convoité. Les groupes armés prospèrent parce que le sol regorge de minerais, parce que les voisins s’enrichissent de l’instabilité, et parce que la communauté internationale préfère gérer la crise que la résoudre. En réalité, l’Est est devenu une zone-tampon géopolitique, où la guerre est entretenue pour le profit de certains et la perte des Congolais.
Pour terminer, la véritable bataille de l’Est n’est pas seulement militaire, elle est psychologique et politique. Tant que le peuple congolais ne retrouvera pas la confiance dans son armée et son État, tant que la RDC ne reprendra pas le contrôle de ses ressources et de ses frontières, l’Est restera une plaie ouverte.
La sécurité ne se construit pas seulement avec des fusils, mais avec une psychologie collective de résistance, une diplomatie de fermeté, et un État qui protège au lieu de se justifier. Sinon, nous risquons de continuer à enterrer des promesses de paix en même temps que nos morts.
Salem MAPUNA – Le Politico-Psychologue


