RDC : le M23, miroir d’un désordre organisé

23 Oct 2025 - 12:45
23 Oct 2025 - 12:46
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RDC : le M23, miroir d’un désordre organisé

Alors que les armes résonnent encore dans le Nord-Kivu, les négociations de Doha peinent à calmer une crise devenue structurelle. Salem Mapuna, analyste psycho-politico, décrypte les ressorts d’un conflit où se mêlent traumatismes collectifs, calculs géopolitiques et indifférence internationale. Par Salem Mapuna  Analyste psycho-politico

Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République Démocratique du Congo sert de terrain d’expérimentation à des puissances régionales et internationales. Le M23, groupe rebelle réapparu comme un phénix en 2021, impose aujourd’hui sa propre administration, sa fiscalité, et son autorité sur des zones entières du Nord-Kivu.

Derrière cette organisation parallèle se cache un système international bien huilé : celui qui préfère un Congo instable à un Congo fort. L’instabilité profite à certains États voisins et à des multinationales qui exploitent le cobalt, le coltan ou l’or, pendant que le peuple paie le prix fort.

À force de vivre dans l’insécurité, les populations locales développent une résilience pathologique : une capacité à survivre sans plus espérer.

Les cris se sont éteints, remplacés par un silence collectif qui ressemble à une résignation. Les enfants grandissent dans les camps de déplacés, sans mémoire d’une paix réelle.

Ce traumatisme invisible mine la cohésion nationale. Il nourrit la méfiance, le fatalisme, et parfois la haine de soi. Psychologiquement, c’est une bombe à retardement : un peuple humilié finit toujours par chercher à se réinventer ou à se venger.

Sur la scène internationale, le Congo est une pièce d’un grand échiquier. Les puissances mondiales parlent de paix, tout en protégeant leurs intérêts miniers.

Le Rwanda nie tout soutien au M23, pendant que le gouvernement congolais dénonce une agression déguisée.

Les conférences diplomatiques se succèdent, mais les morts s’accumulent. Et l’hypocrisie se renforce : le Congo n’a pas besoin de plus de promesses, il a besoin de partenaires courageux capables de dire que cette guerre est d’abord une guerre économique camouflée.

La victoire ne viendra pas uniquement des armes, mais d’une renaissance morale et psychique. Le peuple congolais doit comprendre que son unité est son premier minerai stratégique.

La dignité nationale ne se négocie pas à Doha, elle se reconstruit à Goma, à Beni, à Bukavu — dans le cœur de ceux qui refusent de céder à la fatigue morale.

Salem Mapuna Analyste psycho-politico

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