Accord de Doha – Un souffle d’espoir ou une accalmie de surface ? [ Salem MAPUNA]

19 Juillet 2025 - 19:06
19 Juillet 2025 - 19:07
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Accord de Doha – Un souffle d’espoir ou une accalmie de surface ? [ Salem MAPUNA]

Le samedi 19 juillet 2025, à Doha, le gouvernement congolais et le mouvement rebelle M23/AFC ont signé une déclaration de principes dans le cadre d’un processus visant un accord de paix global. Cette initiative, soutenue par la médiation du Qatar, marque une étape diplomatique importante dans la recherche de la paix à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Mais au-delà de la solennité de la signature, plusieurs questions demeurent quant à la portée réelle, à la durabilité et à la lecture psychologique de ce compromis. En tant qu’analyste politico-psychologique, je propose ici une lecture en trois axes.

1. Un accord, mais entre qui et sur quoi ?

Si l’accord parle de cessez-le-feu, de retour des déplacés, de libération des prisonniers et de restauration de l’autorité de l’État, il ne règle pas encore la question centrale : celle de la légitimité des acteurs.

Kinshasa parle à un groupe qualifié jusqu’ici de "mouvement terroriste". Le M23, de son côté, sort renforcé en tant qu’interlocuteur politique. Cette ambiguïté sémantique alimente déjà des tensions dans l’opinion.

La reconnaissance tacite d’un pouvoir militaire rebelle peut fragiliser l’autorité de l’État et envoyer un signal contradictoire à d’autres groupes armés encore actifs dans l’Est du pays.

2. Une paix signée, mais pas encore vécue

Sur le terrain, des milliers de Congolais sont toujours déplacés, traumatisés, ou endeuillés. Signer un accord ne suffit pas à effacer le vécu. La mémoire collective de la population de l’Est est chargée d’accords non respectés, de promesses sans lendemain et de trahisons silencieuses.

Sur le plan psychologique, l’effet de cette signature peut varier : espoir pour certains, scepticisme pour beaucoup, indifférence pour d’autres. Le défi est donc double : reconstruire la confiance et réparer les blessures invisibles.

3. Le rôle du Qatar : entre médiation stratégique et influence géopolitique

L’entrée du Qatar comme facilitateur surprend mais révèle une stratégie plus large : celle d’un État qui se positionne de plus en plus comme acteur de paix sur le continent africain. Toutefois, cela pose une question implicite : à qui profite réellement la paix ?

Les intérêts économiques et diplomatiques du Qatar dans la région restent à clarifier.

En définitive la déclaration de Doha est une avancée politique, mais elle n’est pas encore une victoire pour la paix. Elle constitue une base, certes, mais qui devra être traduite en actes concrets, visibles et durables. L’histoire récente du pays montre que les accords ne manquent pas, c’est leur mise en œuvre qui fait souvent défaut.

Il appartient désormais aux autorités congolaises de prouver que cet engagement n’est pas une simple opération de communication internationale, mais bien le début d’un processus sincère de restauration de la paix, de la justice et de la dignité humaine.

Salem MAPUNA

Analyste politique et psychologique indépendant

Basé à Kinshasa

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.