Ituri : la frontière avec l'Ouganda, une "passoire" au service des trafiquants d'êtres humains

14 Mai 2026 - 08:18
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Ituri : la frontière avec l'Ouganda, une "passoire" au service des trafiquants d'êtres humains

Un atelier organisé à Bunia par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a révélé l’ampleur alarmante de la traite des êtres humains en province de l’Ituri. Entre porosité des frontières et réseaux criminels, le constat dressé par les experts appelle à une réaction urgente des autorités de la République Démocratique du CCongo. Par Uyirwoth jakwong'a Dieudonné 

​Le tableau est sombre. Réunis à Bunia dans le cadre du projet « Borderlands », financé par l’Union européenne, les autorités provinciales, les services de sécurité et les acteurs humanitaires ont planché sur un fléau qui ronge la région : le trafic illicite de migrants et la traite des êtres humains.

​L’étude présentée par le docteur Ely Thelot, expert de l’OIM, met en lumière une faille sécuritaire majeure. Entre l’Ituri et l’Ouganda, plus de 450 pistes clandestines échappent totalement à la surveillance de l’État. Ces brèches dans la souveraineté territoriale ne sont pas seulement des voies de passage pour les marchandises, mais les artères d’un système criminel sophistiqué.

​« Ces voies facilitent plusieurs formes de criminalité transfrontalière, notamment la traite des êtres humains et le trafic illicite des migrants », a alerté le Dr Thelot. Ces « chemins de l'ombre » permettent aux réseaux de déplacer des victimes loin des regards des autorités, rendant toute intervention presque impossible.

​Les victimes, souvent des femmes et des mineurs en situation de grande vulnérabilité, subissent des sévices d'une rare violence. L'OIM a identifié des formes d'exploitation allant du travail forcé dans les mines et l’agriculture au recrutement au sein des groupes armés. Plus effrayant encore, l'étude évoque des cas d'esclavage sexuel, de mariages forcés et même de trafic d’organes humains.

​Les chiffres avancés lors de cet atelier donnent le vertige :

​250 enfants portés disparus en une seule année dans la province.

​25 000 cas de violences sexuelles basées sur le genre recensés, dont près de la moitié concerne des mineures.

​Face à cette « menace sécuritaire et humanitaire majeure », le gouvernement provincial, représenté par Dieudonné Omasombo, directeur de cabinet adjoint du gouverneur militaire, a réitéré sa volonté de faire de la protection des populations une priorité. Cependant, la volonté politique se heurte à la réalité du terrain.

​Les participants à l'atelier ont été unanimes : la solution ne pourra être que collective. Parmi les recommandations phares figurent le renforcement immédiat des contrôles frontaliers, la formation accrue des agents de sécurité et, surtout, une coopération diplomatique et sécuritaire renforcée entre la RDC et l’Ouganda.

​L'Ituri, déjà éprouvée par des décennies de conflits, se trouve aujourd'hui face à un défi de taille : fermer ses plaies frontalières pour ne plus laisser ses enfants s'y évaporer.