Ituri : la milice CODECO accentue la pression sur la population à Mahagi
L’insécurité prend une tournure inquiétante dans la chefferie des Mokambu, en territoire de Mahagi. Depuis le lundi 9 mars 2026, la milice CODECO a entamé une restructuration de ses positions, imposant au passage un régime de travaux forcés et de violences systématiques aux civils du Groupement des Ruvinga. par Uyirwoth Jakwong'a Dieudonné
Un redéploiement stratégique qui étouffe les civils
Après avoir occupé la localité de Walla pendant près d’un an, les éléments de la CODECO ont décidé de déplacer leur camp principal vers Wi Runa. Selon Grégoire Thumitho Uwonda, sous-coordonnateur de la société civile locale, ce mouvement serait motivé par une volonté de la milice de s’isoler des déplacés qui commencent à retourner volontairement dans leurs foyers.
Cependant, ce retrait n'est pas synonyme de libération. Bien au contraire, d'autres positions stratégiques sont maintenues ou renforcées, notamment à Bena, maintenant une emprise totale sur la région.
La population locale est désormais soumise à une forme d’esclavage moderne. Sous la contrainte des armes, les habitants sont forcés de construire des maisons et des abris pour les miliciens.
À Walla, les chefs des villages de Bugo, Juparaja et Jupanjaya sont contraints de mobiliser la population pour ces travaux.
À Bena, la pression est exercée sur les habitants de Kanga, Goro Wi Moo, Gbana, Cucu et The Roi.
Le contrôle de ces travaux, désignés sous le terme détourné de « Salongo », est d'une rigidité brutale. Un système de jetons de présence a été instauré, quiconque ne peut présenter son jeton s'expose à des châtiments corporels (coups de fouet), à l'extorsion de fonds, au pillage de ses biens ou à une arrestation arbitraire.
La situation sur le terrain témoigne d’un vide sécuritaire alarmant. Une barrière de contrôle illégale a été érigée à Droo, servant de check-point pour la milice, au mépris total de l'autorité de l'État.
« Cette situation témoigne de l'absence de l'autorité de l'État dans cette zone », déplore la société civile.
Face à cette escalade, la Société Civile des Mokambu lance un appel pressant au gouvernement provincial et national pour un déploiement immédiat des forces de sécurité dans le Groupement des Ruvinga afin de démanteler les positions de la CODECO et de protéger les populations civiles victimes d'exactions quotidiennes.


