Portrait : Joseph Japyem Wodakwo, plus de 50 ans au service du fer et de la mécanique, un modèle à valoriser
À 80 ans, le doyen des garagistes de Ndrele continue de façonner le fer, d'inventer des machines et de transmettre son savoir-faire. Un parcours exceptionnel dédié au travail et à la créativité, qui gagne à être soutenu et officiellement reconnu pour inspirer les générations futures. Par Dieudonné UYIRWOTH JAKWONG’A
Le monde a parfois la mémoire courte, mais au détour de l’avenue Bolingi à Ndrele, un homme défie le temps, le marteau à la main et le regard toujours accueillant. Son nom : Joseph Japyem Wodakwo. Un doyen, une mémoire vivante et un monument de la mécanique et de l'ingénierie populaire dans la région.
Son profil constitue une source d'inspiration incontournable pour une jeunesse qui, trop souvent aujourd'hui, peine à trouver ses repères et déçoit par le manque d'engagement dans le travail manuel et la persévérance.
Une vocation ancrée dans l'héritage familial
Né le 4 avril 1946, Joseph est originaire de la chefferie des Mokambo, territoire de Mahagi, dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République Démocratique du Congo. Il est le fils de feu Alipacu Léopold, enseignant et l’un des maçons ayant contribué à la construction de l’église paroissiale Notre-Dame de Logo, et de feu Apio Juliana, ménagère. C’est sur les bancs de l’école primaire Aliker Jalmoro de Logo qu’il fait ses premiers pas.
D'abord attiré par la musique traditionnelle qui animait les fêtes et mariages locaux, c’est finalement vers le fer et les moteurs que son destin le guide. « Dans ma famille, il y avait déjà des réparateurs. J’en ai simplement reçu le don », confie-t-il avec humilité.
Son voyage professionnel s'amorce véritablement entre 1960 et 1976. Chauffeur à Bunia, puis travaillant aux côtés des Grecs, il se lance ensuite dans le commerce du côté de Nioka, avant de consacrer définitivement sa vie au métier de garagiste. De Goma à Gisenyi, en passant par Kampala, Kpadruma, Rety et Ndrele, son savoir-faire s'affine et sa réputation le précède.
« Aujourd’hui, si j’ai 80 ans, c’est la preuve que j’ai été béni par les anciens que je respectais. Que la jeunesse sache que la bonne vie, c’est aussi le témoignage que les autres portent sur vous », rappelle-t-il.
Un centre d'innovation locale : « La Chine à Ndrele »
Créatif, Joseph Japyem ne se contente pas de réparer : il invente, façonne et conçoit. Équipé de plus d'une centaine d'outils qu'il a rassemblés et entretenus au fil des décennies, son atelier est une véritable fabrique de solutions locales, une sorte de « Chine à Ndrele » qu'il convient de valoriser et d'exploiter pleinement pendant qu'il est encore parmi nous.
Ses compétences s'étendent à une multitude de domaines :
1. Agro-industrie et artisanat : fabrication de machines pour dépulper le café, machines électriques pour tresser la corde de sisal, moulins et scies électriques pour le travail du bois.
2. Matériaux de construction : conception de presses à briques robustes pour la fabrication de matériaux locaux.
3.le Secteur minier, mobilier et réparations diverses : cuves pour machines d'extraction d'or, armoires métalliques, pièces de rechange introuvables sur le marché et remise en état d'une immense variété d'équipements techniques.
Le parcours de Joseph Japyem Wodakwo lance un plaidoyer silencieux mais puissant en faveur de l'encadrement des talents locaux. Accorder une attention particulière, des encouragements institutionnels ou une reconnaissance officielle à ce maître-artisan permettrait non seulement de célébrer plus de cinquante ans de services rendus à la communauté, mais aussi de structurer la transmission de son précieux savoir-faire aux jeunes apprentis de la région.


