Quand la régulation devient un instrument de contrôle : réflexion sur la notification du CSAC à Parole Kamizelo [ Salem MAPUNA ]
La récente notification adressée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) à M. Parole Kamizelo alias Philo, soulève une fois de plus une question fondamentale : la régulation médiatique en République Démocratique du Congo répond-elle réellement à sa mission d’équilibre ou se mue-t-elle en un instrument de contrôle politique ? Par Salem Mapuna, Analyste Politico-Psychologue
En théorie, le CSAC est chargé de veiller au respect de l’éthique et de la déontologie journalistique, en protégeant à la fois le citoyen contre les dérives médiatiques et le journaliste contre les abus du pouvoir. Mais en pratique, les décisions répétitives de suspension, d’avertissement ou de rappel à l’ordre s’apparentent souvent à des mesures sélectives, visant davantage à discipliner les voix discordantes qu’à améliorer la qualité du débat public.
La psychologie sociale nous enseigne que lorsqu’un peuple perçoit ses médias comme captifs d’un système, il perd confiance dans ces canaux officiels et développe des mécanismes parallèles d’information : réseaux sociaux, bouche-à-oreille, rumeurs. Ce déplacement de confiance fragilise l’autorité des institutions et ouvre la porte à la radicalisation des opinions.
Museler les médias, ce n’est pas museler une chaîne ou un journaliste : c’est museler la conscience collective. Dans un pays comme le nôtre, où la démocratie cherche encore ses fondations solides, la presse ne doit pas être vue comme une menace mais comme un miroir. Et même si ce miroir est parfois déformant ou critique, il reste indispensable pour que la société se regarde en face.
Le vrai défi du CSAC devrait être d’élever le niveau du journalisme congolais, en accompagnant les médias vers plus de professionnalisme, au lieu de les fragiliser par des décisions perçues comme partiales. Car un espace médiatique pluraliste et sécurisé est le socle sur lequel se construit la confiance nationale.
Pour terminer, rappelons cette vérité : une société qui étouffe ses médias n’éteint pas les critiques, elle les radicalise. Le Congo a besoin d’un CSAC garant de la liberté, non d’un CSAC gardien des convenances politiques.
Salem MAPUNA Analyste Politico-Psychologue


