RDC : le référendum comme symptôme d'un pouvoir en quête de re-légitimation (Salem MAPUNA analyste psycho-politico)
La lettre de l’honorable Tony Mwaba Kazadi n’est pas qu’un simple acte administratif adressé à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. C’est un signal politique. Un de ces gestes discrets qui, dans les régimes sous tension, annoncent souvent des mouvements plus larges que le texte lui-même.
Salem MAPUNA, analyste psycho-politico
À première lecture, tout semble propre : combler un vide juridique, encadrer le référendum, sécuriser l’expression directe de la souveraineté populaire. Mais en réalité, ce type d’initiative ne vit jamais dans le vide. Il surgit toujours dans un climat, dans une atmosphère psychologique collective qui lui donne sens.
Sur le plan psychologique : un peuple entre fatigue, méfiance et désir de reprise de contrôle
Le contexte congolais actuel est traversé par une fatigue mentale diffuse. Une fatigue née de promesses répétées, de crises persistantes, et d’un sentiment d’impuissance face aux décisions politiques. Cette fatigue produit deux réactions contradictoires :
D’un côté, un désengagement progressif (le citoyen se retire, ne croit plus)de l’autre, une soif latente de reprendre la parole, de “compter” à nouveau
Le référendum, dans l’imaginaire collectif, active précisément cette deuxième corde sensible. Il donne l’impression d’un retour du pouvoir au peuple. Psychologiquement, c’est puissant. Très puissant.
Mais cette puissance repose souvent sur une perception plus que sur une réalité. Car le citoyen ne juge pas seulement un mécanisme sur sa structure juridique, il le ressent. Et ici, le ressenti peut être celui d’une opportunité : “enfin on nous consulte”.
C’est là que se joue le cœur psychologique :
le référendum devient un exutoire émotionnel, un canal où la frustration collective peut être redirigée, encadrée, voire récupérée.
Dans ce type de configuration, l’opinion publique devient malléable. Non pas parce qu’elle est faible, mais parce qu’elle est en attente. Et une population en attente est toujours plus sensible aux récits politiques qui lui promettent un rôle central.
Sur le plan politique : un outil stratégique dans un moment de recomposition
Politiquement, cette proposition n’est pas neutre. Elle intervient dans une période où plusieurs lignes de tension se croisent :
Débats autour des réformes institutionnellesf ragilité de l’opposition question de la longévité au pouvoir et de la reconfiguration des règles du jeu
Introduire un cadre légal du référendum dans ce contexte, c’est ouvrir une porte. Une porte vers des consultations populaires futures dont les objets peuvent être multiples… y compris les plus sensibles.
Le référendum, dans sa version idéale, est un instrument de démocratie directe. Mais dans sa version stratégique, il devient un outil de contournement. Il permet de déplacer le centre de décision :
on ne débat plus seulement entre élites politiques, on invoque directement le peuple — mais dans un cadre défini par le pouvoir en place.
C’est ici que le calcul politique apparaît :
celui de maîtriser à la fois la question posée, le moment où elle est posée, et les conditions dans lesquelles la réponse sera donnée.
Dans un système où les contre-pouvoirs sont encore fragiles, cela crée un déséquilibre. Le référendum ne devient pas simplement une consultation, mais une extension du rapport de force existant.
Et ce qui rend la manœuvre particulièrement efficace, c’est qu’elle se présente sous les habits de la démocratie. Difficile de s’opposer frontalement à un mécanisme qui, en théorie, donne la parole au peuple.
Ce document, en apparence technique, raconte donc autre chose :
Il révèle un pouvoir qui ajuste ses outils, une population qui cherche à exister dans le jeu politique, et un espace public où les émotions collectives deviennent un terrain stratégique.


