RDC : quand les députés s’augmentent pendant que le peuple s’appauvrit tribune de Salem Mapuna
En tant que Politico-Psychologue, je ne peux pas rester indifférent face au spectacle qui se joue actuellement à l’Assemblée nationale. Suspendre un bureau parlementaire simplement parce que les émoluments ne suffisent plus, voilà le signe d’une politique qui s’égare, une politique devenue autophage : elle se nourrit d’elle-même et pour elle-même, au lieu de nourrir le peuple.
La psychologie d’une élite en quête de confort
Un député congolais avoue désormais toucher 18 000 à 19 000 dollars par mois, contre 15 000 auparavant, et regrette presque la période faste des 21 000 dollars mensuels sous Christophe Mboso. Sur le plan psychologique, cela traduit un phénomène bien connu : l’habitude du luxe crée la dépendance. Celui qui a goûté à l’abondance ne se satisfait plus du nécessaire. Les élus, au lieu de ressentir de la gratitude pour un revenu qui les place déjà au sommet de l’échelle sociale, développent un sentiment de frustration… parce qu’ils veulent retrouver leur ancien niveau de confort.
Le contraste qui blesse
Mais pendant ce temps, que vivent les Congolais ? À l’Est, c’est la guerre : des familles déplacées, des enfants sans école, des femmes violentées, des villages vidés de leurs habitants. Dans la capitale, Kinshasa, le panier de la ménagère explose, les fonctionnaires attendent des mois pour toucher leur salaire, les hôpitaux manquent de médicaments. Psychologiquement, cela génère une blessure morale collective : le peuple voit ses représentants comme des étrangers à sa réalité.
Le politique sans boussole éthique
Suspendre un bureau pour une querelle d’argent, c’est envoyer un message clair : les institutions ne se battent pas pour le citoyen, mais pour les privilèges. Ce décalage entre mission et action nourrit la méfiance, l’apathie politique et parfois même la révolte. Un pays où les dirigeants se battent pour leur ventre est un pays qui court le risque de voir son peuple se désengager totalement du projet national.
Pour terminer
La psychologie politique nous enseigne que la distance entre gouvernants et gouvernés est une fracture dangereuse. À force de penser à leurs émoluments, nos députés oublient qu’ils devraient d’abord penser à l’âme meurtrie du Congo. Gouverner, ce n’est pas s’assurer du confort de ses propres journées, mais du minimum vital pour la collectivité.
Si nos parlementaires veulent vraiment mériter leurs 18 000 dollars, qu’ils commencent par écouter la souffrance d’un pays en guerre. Car la vraie rémunération d’un élu ne se mesure pas en billets verts, mais dans la confiance d’un peuple qui, aujourd’hui, se sent abandonné.
Salem MAPUNA l'analyste politico-psychologique


