Conflits armés et diplomatie : quand la RDC se retrouve prisonnière de ses contradictions Tribune de Salem MAPUNA
La République démocratique du Congo traverse, une fois de plus, une phase où les armes dictent le tempo, pendant que la diplomatie tente, maladroitement, d’éteindre un feu que la géopolitique régionale alimente chaque jour.
1. La guerre sans fin : ADF et M23, deux visages du chaos
Au Nord-Kivu, les attaques répétées des ADF, souvent d’une cruauté inimaginable, rappellent au peuple congolais que la sécurité reste une illusion. Ces massacres, où la machette rivalise avec la kalachnikov, ne sont pas de simples actes isolés. Ils sont le résultat d’un vide étatique et d’une économie de guerre où la peur devient une monnaie.
D’un autre côté, le M23, soutenu par des acteurs extérieurs, impose un agenda politique à coups de violations du cessez-le-feu. En réalité, ce groupe armé est devenu un interlocuteur diplomatique imposé par la force, ce qui traduit une faiblesse structurelle de l’État congolais.
2. Diplomatie brouillonne et humiliations régionales
La récente décision du Kenya de nommer un consul général à Goma, ville partiellement contrôlée par le M23, est un affront diplomatique. En refusant cette nomination, Kinshasa a voulu sauver les apparences. Mais le simple fait que Nairobi se permette un tel geste montre à quel point la RDC est perçue comme un territoire négociable, plutôt qu’un État souverain.
Cette diplomatie hésitante traduit une psychologie collective de la RDC : nous voulons être respectés, mais nous n’avons pas encore construit les leviers de puissance nécessaires pour l’imposer.
3. La diplomatie des autres contre les intérêts congolais
Pendant que la RDC se perd dans les accusations et contre-accusations, ses voisins imposent leur agenda. La nomination kényane, l’ingérence rwandaise, les accords signés à Doha sous pression internationale : tout cela illustre une vérité amère — ce n’est pas Kinshasa qui dicte la diplomatie régionale, mais ses adversaires. Tant que les négociations se feront à l’extérieur, dans des capitales étrangères, la RDC ne fera que jouer le rôle de spectateur de son propre destin.
4. La psychologie de la paix manquée
Un peuple fatigué, une armée découragée et une élite politique plus préoccupée par ses avantages que par la souveraineté : voici le cocktail qui entretient la guerre. La paix n’est pas seulement un accord signé sur du papier, elle est un état psychologique collectif. Tant que les Congolais n’auront pas intériorisé que la sécurité est un droit non négociable, les rebelles et les puissances voisines continueront à dicter leurs lois.
Pour terminer la RDC est coincée entre l’illusion diplomatique et la réalité des armes. Tant que l’État ne redonnera pas confiance à son peuple, tant que la diplomatie congolaise ne sera pas capable de se projeter avec audace et cohérence, nous continuerons à négocier notre souveraineté sur des tables étrangères, pendant que nos villages brûlent.
La véritable question n’est pas de savoir si la guerre s’arrêtera demain, mais si nous sommes capables de transformer nos blessures collectives en une force psychologique nationale pour imposer une paix durable.
Salem MAPUNA – Le Politico-Psychologue


