Tribune de Nahomie MBANGU : Quand les serments deviennent poussière

8 Septembre 2025 - 11:14
8 Septembre 2025 - 11:15
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Tribune de Nahomie MBANGU : Quand les serments deviennent poussière

Vital et Félix Tshisekedi, ça y est, le divorce est consommé. Nous étions tous venus à la place dite l’Enseignement pour des serments de fidélité, et tous avaient juré fidélité à leurs serments d’union, tout en disant : Celui qui trahira cette alliance, son nom sera Ebembe (la mort) et malchance, na lapi seleka, etc.

Ces mots résonnent aujourd’hui comme une ironie car en politique congolaise comme ailleurs, les serments publics, les gestes d’unité et les proclamations d’éternité ont une durée de vie fragile. Les alliances se font et se défont du jour au lendemain, et ce qui étonne n’est pas tant leur rupture que la régularité avec laquelle elles s’achèvent de la même manière : dans le fracas des accusations, dans le silence des calculs, dans la répétition d’une histoire que l’on connaît déjà.

2018 : L’amitié politique scellée dans l’urgence.

En 2018, dans la fièvre électorale, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe scellent une alliance stratégique. Ce fut la naissance du Cap pour le Changement (CACH) : un pacte de circonstance, où Kamerhe se désiste en faveur de Tshisekedi, misant sur une redistribution équitable du pouvoir après la victoire. Pour les uns, c’était l’union de deux hommes d’État ; pour les autres, une fraternité de circonstance forgée par le calcul politique.

Sur la place publique, ils proclamaient l’unité, la fidélité et l’indivisibilité de leur combat mais derrière cette image, l’alliance portait déjà les germes de son propre effritement : deux ambitions, deux réseaux, deux trajectoires, tenus ensemble par la seule force d’une échéance électorale.

L’histoire politique congolaise est jalonnée de ces unions spectaculaires et de ces séparations brutales. De Lumumba et Kasa-Vubu à Mobutu et ses multiples compagnons de route, de Kabila père avec ses alliés de circonstance jusqu’aux coalitions récentes, la trame est la même : on s’unit pour renverser un obstacle commun, puis on se déchire quand vient l’heure du partage réel du pouvoir.

Ce qui frappe dans le cas Félix–Vital, ce n’est pas tant la rupture que sa prévisibilité. La politique congolaise connaît rarement des fidélités durables : les alliances y sont instrumentales, non spirituelles.

Une leçon à retenir:

Ce divorce politique rappelle une vérité simple : en RDC, les pactes politiques ressemblent souvent à des parenthèses opportunistes plus qu’à des fraternités durables. Les électeurs, eux, sont les spectateurs et parfois les victimes de ces ruptures cycliques.

Au fond, ce qui est drôle ou tragique c’est que les interruptions d’alliances se ressemblent toutes : on jure hier sur l’amitié, on se sépare aujourd’hui sur la divergence, et demain une autre alliance se prépare, avec les mêmes promesses, les mêmes serments, les mêmes illusions.

La question qui demeure, au-delà de Félix et de Vital, est celle-ci : la classe politique congolaise saura-t-elle un jour construire des alliances qui résistent au temps, aux ambitions et aux calculs ?


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