Procès Constant Mutamba : un tournant politico-judiciaire sous haute tension ( Tribune )

25 Juillet 2025 - 16:58
25 Juillet 2025 - 16:59
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Procès Constant Mutamba : un tournant politico-judiciaire sous haute tension ( Tribune )

Mercredi 23 juillet 2025, la Cour de cassation de la République Démocratique du Congo a franchi un cap symbolique en rejetant toutes les exceptions soulevées par la défense de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba. Accusé de détournement de plus de 19 millions de dollars destinés à la construction d'une prison à Kisangani, Mutamba devra désormais répondre au fond des charges qui pèsent sur lui. Derrière ce procès à haute intensité judiciaire se joue bien plus qu’un simple affrontement légal : il s’agit d’un moment de vérité pour la justice congolaise, et d’un révélateur de tensions entre pouvoir, opposition et opinion publique.

L'échec des stratégies procédurales

La Défense de Constant Mutamba avait articulé sa contre-offensive autour de trois axes :

l’irrégularité du vote à l’Assemblée nationale ayant levé son immunité,

l’illégalité de la citation à comparaître,

et l’insuffisance des enquêtes préliminaires du ministère public.

Ces arguments ont tous été balayés par la Cour de cassation. Cet arrêt, dit "avant dire droit", confirme que le procès peut légalement entrer dans sa phase d’instruction au fond.

Analyse psychopolitique : cette décision rétablit la hiérarchie des procédures. Elle envoie un message clair : il ne suffit plus d’être un homme politique pour échapper à la reddition des comptes. L’État de droit, bien que fragile, commence à se revendiquer à travers des actes, pas seulement des discours.

Mutamba, entre posture de victime et combat d’image

En retour, Mutamba endosse le rôle du "persécuté politique", une rhétorique déjà rodée sur la scène congolaise. Il dénonce un procès politique déguisé, destiné à l’écarter d’un paysage où il gagnait en popularité, notamment auprès des jeunes cadres et des milieux réformateurs.

Vue psychologique : cette stratégie vise à inverser la charge émotionnelle. Mutamba ne veut plus être vu comme l’accusé, mais comme la cible. Il cherche à mobiliser les affects, à humaniser sa chute, et à faire du prétoire un théâtre de reconquête populaire.

Un test de crédibilité pour la justice congolaise

Ce procès, bien plus qu’un contentieux individuel, est en réalité un miroir tendu à la nation. La justice congolaise peut-elle prouver son indépendance et sa maturité dans une affaire impliquant une personnalité de premier plan ? L'opinion observe, méfiante mais encore curieuse.

Les ONG, les médias internationaux et la société civile y voient un test crucial : celui de la rupture – ou non – avec la culture de l’impunité. Car si la procédure est bâclée, ou si le procès semble téléguidé, les conséquences seront contre-productives : désillusion, polarisation et renforcement du cynisme populaire.

Ce qui nous attend

L’ouverture de l’instruction au fond annonce des moments clés :

Interrogatoire de Constant Mutamba

Présentation des preuves bancaires, administratives et techniques

Auditions des témoins et experts

Analyse du marché gré à gré passé avec Zion Construction, société jugée fictive par les enquêteurs

L’enjeu est désormais de sortir du terrain politique pour entrer dans le factuel. Pour Constant Mutamba, c’est le moment de vérité : démontrer l’absence d’enrichissement illicite, ou affronter les conséquences judiciaires.

Pour Conclure: En tant qu’observateur politico-psychologique, je vois dans ce procès un double levier : d’un côté, la justice congolaise se donne pour une chance d’exister par elle-même. De l’autre, un acteur politique tente de transformer sa mise en accusation en tremplin émotionnel et populaire.

C’est une bataille de récits, mais aussi une bataille de preuves. Et dans ce face-à-face, ni les slogans ni les émotions ne remplaceront les faits.


Salem MAPUNA Politico-Psychologue – Analyste indépendant des dynamiques politiques et sociales en Afrique centrale.

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