Procès Mutamba : les JPCD dénoncent une parodie judiciaire

26 Août 2025 - 12:40
26 Août 2025 - 12:41
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Procès Mutamba : les JPCD dénoncent une parodie judiciaire

Alors que la République démocratique du Congo retient son souffle à la veille du verdict dans l’affaire Constant Mutamba, une voix puissante s’élève depuis l’extérieur du pays. Celle des Jeunes patriotes congolais de la diaspora (JPCD). Leur président, Fabrice Kasongo Tshibangu, a pris la parole pour dénoncer ce qu’il qualifie sans détour de “procès politique”, réclamant l’acquittement pur et simple de l’ancien ministre de la Justice. Par DK

Au fil d’une déclaration aussi structurée que percutante, c’est un cri de colère, mais aussi un appel à la raison, à la justice équitable et à l’État de droit que Kasongo Tshibangu a lancé en direction du gouvernement, du pouvoir judiciaire, mais aussi de l’opinion publique nationale et internationale.

Tout part d’un projet ambitieux, celui de la construction d’une prison moderne dans la ville de Kisangani, dans la province de la Tshopo, financée à hauteur de 39 millions de dollars. Mais très vite, des soupçons de malversation émergent : 19 millions de dollars seraient introuvables, déclenchant une onde de choc dans le pays.

Dans la foulée, Constant Mutamba, alors ministre de la Justice et garde des Sceaux, est cité dans l’affaire et poursuivi pour détournement présumé de fonds publics. L’accusation suscite autant de stupeur que de scepticisme. Pourquoi lui ? Sur quelles bases précises ? Et surtout : à qui profite réellement ce procès ?

Dans sa déclaration, Fabrice Kasongo Tshibangu rappelle que son mouvement n’a jamais cherché à protéger qui que ce soit à l’aveugle. Bien au contraire : les JPCD avaient été parmi les premiers à exiger une enquête sérieuse sur ce dossier, espérant que la lumière serait faite sur un possible détournement. Mais aujourd’hui, après avoir suivi "scrupuleusement chaque étape du procès", les conclusions qu’ils tirent sont sans appel.

“Ce n’est pas un procès judiciaire, c’est un procès politique”, affirme Fabrice Kasongo Tshibangu. “La procédure de passation du marché n’a pas été respectée ? Fort bien. Dans ce cas, on annule le marché, mais on ne criminalise pas le ministre !”

Au-delà du dossier technique, c’est surtout la façon dont le procès a été mené qui inquiète la diaspora. Le leader des JPCD souligne des irrégularités graves notamment, le refus de la Cour de cassation d'entendre des témoins clés, dont la Première ministre Judith Suminwa, citée dans les pièces du dossier mais jamais convoquée.

Comment comprendre une telle omission ? Pour les Jeunes patriotes congolais de la diaspora, cela montre clairement que la justice n’a pas été rendue dans des conditions d’indépendance.

“Lorsqu’un procès écarte volontairement certains témoignages gênants pour préserver l’image d’un système ou d’un clan, il cesse d’être judiciaire. Il devient politique”, commente un analyste juridique basé à Bruxelles.

Autre point dénoncé : le comportement du ministère public, qualifié de “haineux” et d’”empreint d’animosité”. Une attitude indigne, selon le collectif JPCD, d’un État de droit, d’autant plus que l’audience a été suivie en direct aussi bien en RDC que par la diaspora.

Un plaidoyer pour l’équité : Mutamba et Kazadi, deux poids, deux mesures ?

Dans une séquence marquante, Fabrice Kasongo Tshibangu interpelle directement le président de la République, Félix Tshisekedi, en citant une phrase qu’il aurait prononcée à propos de l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi : “C’est un père de famille, il ne faut pas le livrer à la vindicte populaire”.

Une phrase lourde de sens, qui soulève une question de fond : y a-t-il deux types de citoyens en RDC ? Les proches du régime bénéficient-ils d’un traitement de faveur, pendant que d'autres, plus indépendants, deviennent des cibles politiques ?

“Si Nicolas Kazadi est un père de famille, Mutamba ne l’est-il pas aussi ?”, interroge le président des JPCD. “Tous deux sont Congolais, tous deux ont droit à la même justice, à la même protection”.

M. Kasongo Tshibangu ne se contente pas de lancer des accusations. Il avertit des conséquences possibles d’un verdict jugé injuste ou manipulé. “Le 27 août, si une injustice est rendue, cela pourrait embraser le pays. Et ce feu-là, personne ne pourra l’éteindre aisément”, avertit-il.

Une phrase forte, mais qu’il tempère aussitôt. Loin d’un appel à l’insurrection, cette mise en garde se veut une alerte lucide sur le climat de tension sociale et politique que traverse la RDC. La colère gronde dans une jeunesse qui se sent exclue des décisions, trahie par les élites, et abandonnée par un système où les règles ne s’appliquent pas à tous de la même manière.

Un appel à la justice, pas à la révolte

Malgré le ton accusateur, le message central de la déclaration reste pacifique. Les Jeunes patriotes congolais de la diaspora appellent à la responsabilité, à la justice vraie, à l’impartialité des institutions. Le Congo, dit le leader JPCD, a assez de blessures ouvertes pour qu’on n’en crée pas de nouvelles par une condamnation injuste.

“Le monde nous regarde. Que le 27 août ne soit pas un jour de honte nationale, mais un jour de vérité et de réconciliation”, conclut-il.

Au final, le procès de Constant Mutamba est moins une affaire judiciaire qu’un test de maturité démocratique pour la RDC. Ce n’est pas seulement le destin d’un homme politique qui se joue, mais la crédibilité de l’État de droit, la confiance du peuple dans ses institutions, et la capacité du pays à tourner le dos à la justice sélective.

Si le verdict est perçu comme politique ou arbitraire, il pourrait accélérer la fracture entre les gouvernés et les gouvernants, entre Kinshasa et sa diaspora, entre espoir démocratique et désillusion.

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