Quand l’État congolais découvre ses propres projets dans les médias [Salem MAPUNA]

7 Août 2025 - 08:31
7 Août 2025 - 09:07
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Quand l’État congolais découvre ses propres projets dans les médias [Salem MAPUNA]

Le procès de Constant Mutamba, ancien ministre d’État à la Justice, continue de dévoiler un visage inquiétant de la gestion étatique : un État sans mémoire, sans cohésion, et parfois sans conscience claire de ses propres actions. Ce mercredi 6 août, la Cour de cassation a enregistré plusieurs témoignages accablants… mais surtout révélateurs d’un dérèglement institutionnel profond.

Amnésie administrative et dissociation institutionnelle

Le Secrétaire Général au ministère de la Justice, témoin clé appelé par le ministère public, a déclaré sous serment n’avoir jamais été informé d’un quelconque projet de construction d’une prison à Kisangani. « Je l’ai appris à travers les médias et les réseaux sociaux », a-t-il confié à la Cour.

Cette phrase, anodine en surface, révèle en profondeur un traumatisme structurel, les ministères fonctionnent comme des entités autonomes, où la communication verticale est rompue. Psychologiquement, cela se traduit par un syndrome de dissociation organisationnelle, dans lequel différentes parties d’un même corps étatique ne se reconnaissent plus entre elles.

 Des fonds publics sans identité claire

Au cœur du dossier la société Zion, bénéficiaire du marché public pour la construction de ladite prison, et les soupçons de détournement de 19 millions de dollars. Le professeur Amisi Herady, DG du Guichet Unique, a tenu à clarifier que Willy Musheni, dont le nom circule dans cette affaire, a bien été parmi les premiers fondateurs de Zion, mais avait cédé ses parts bien avant tout engagement contractuel avec l’État.

Ce témoignage tend à blanchir Musheni, mais soulève une autre faille, la faiblesse des mécanismes de traçabilité des décisions publiques. Qui décide ? Qui exécute ? Qui contrôle ? En politique comme en psychologie, l'absence de responsabilité claire équivaut à un déséquilibre structurel.

Les réponses gênantes de l’ancienne ministre de la Justice

Devant la Cour, l’ancien  ministre  a reconnu avoir trouvé un compte bancaire FRIVAO du ministère de la Justice déjà opérationnel à sa prise de fonction, sans en connaître l’origine. Poussée à s’expliquer sur la gestion des 18 % des fonds ougandais, elle a renvoyé la balle au Conseil des ministres.

Ici encore, l’on observe un schéma typique : la dilution de la responsabilité, la peur d’assumer, l’évitement psychologique du pouvoir direct. On ne sait plus qui est à la manœuvre, ni où commence la chaîne de décision.

Psychologiquement ce procès, loin d’être un simple épisode judiciaire, agit comme un miroir mental de l’État congolais. Un État où :

 Les projets naissent sans traçabilité

 Les comptes bancaires circulent sans propriétaire clair,

 Les hauts responsables découvrent leurs propres politiques dans les journaux.

L’affaire Mutamba n’est donc pas seulement une affaire de détournement ou de contrats opaques. Elle met en lumière une psychopathologie institutionnelle : un État en perte de repères, où la mémoire collective est fragmentée, et la responsabilité morcelée.

Tant que cette pathologie ne sera pas soignée,  non pas par la répression, mais par une reconstruction psychologique de la gouvernance le pays continuera à être gouverné par l’oubli, la peur et les réflexes de fuite.

Salem MAPUNA Le Politico-Psychologue

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