Attaques de l’ADF : quand la sécurité devient un luxe en RDC analyse de Salem MAPUNA
Une fois de plus, le sang a coulé à l’Est de la République démocratique du Congo. Près de 89 civils massacrés en l’espace de quelques jours par les rebelles ADF affiliés à l’État islamique. La tragédie n’est pas nouvelle, mais elle prend un goût amer : malgré les années de discours sécuritaires, malgré les opérations conjointes avec l’Ouganda, malgré l’état de siège et la présence massive de l’armée, l’ennemi frappe toujours, avec une brutalité qui laisse sans voix.
La question n’est plus seulement de savoir comment les ADF font pour contourner nos dispositifs sécuritaires, mais comment un État peut continuer à se dire “souverain” alors qu’une partie de son territoire reste une zone de non-droit. Car au fond, l’échec n’est pas seulement militaire ; il est politique, moral et psychologique.
Un État qui n’arrive pas à protéger ses citoyens perd peu à peu son contrat social. Chaque vie arrachée dans ces massacres creuse un peu plus la méfiance, nourrit la colère des jeunes, et installe l’idée que la sécurité est un luxe réservé aux grandes villes, jamais garanti dans les périphéries rurales. C’est une fracture nationale qui se renforce.
Là où l’État devrait être un rempart, il devient un spectateur. Là où il devrait offrir une stratégie cohérente, il se limite à des communiqués de condamnation. Or, la responsabilité première d’un gouvernement n’est pas de payer des salaires aux députés ou d’organiser des matchs au stade des Martyrs ; c’est de protéger le citoyen dans son intimité la plus sacrée : sa vie.
On ne peut pas éternellement justifier l’inaction par la complexité du conflit, ni détourner le regard en accusant uniquement des forces étrangères. La vérité est crue : si l’ADF tue encore, c’est aussi parce que l’État congolais n’a pas su bâtir une politique de sécurité nationale capable de prévenir, anticiper et neutraliser.
En définitive, la mémoire de ces victimes interpelle chaque dirigeant congolais : quelle valeur a votre pouvoir si vos concitoyens meurent comme du bétail, sans protection et sans justice ? Tant que cette question restera sans réponse, la RDC restera une nation mutilée, où l’Est saigne pendant que Kinshasa danse.
Salem MAPUNA l'analyste politico-psychologique


