Procès Constant Mutamba : Justice ou Règlement de comptes ? [Salem Mapuna]
Le 13 août 2025 restera une date clé dans le feuilleton judiciaire et politique congolais. La Cour de cassation, après avoir entendu le dernier témoin un représentant de la Rawbank a basculé dans la phase des plaidoiries. Ce témoin a confirmé un fait central les 19 millions de dollars destinés à la construction de la prison de Kisangani ont bien été virés sur un compte au nom de Zion Construction, une société aujourd’hui soupçonnée de n’exister que sur papier.
Le ministère public, sûr de ses preuves, a requis 10 ans de travaux forcés contre l’ex-ministre de la Justice, assortis de sanctions politiques lourdes interdiction d’éligibilité et de vote, exclusion des fonctions publiques, et privation de toute réhabilitation possible. Dans le langage du pouvoir, cela s’appelle envoyer un ssignal.
« Nul n’est intouchable »
Mais dans le langage politique, ce procès résonne autrement. Constant Mutamba, 34 ans, figure montante, passé en peu de temps d’opposant farouche à ministre en vue, incarne pour beaucoup de jeunes Congolais le rêve d’une ascension possible. Aujourd’hui, il est aussi l’illustration des pièges du système une promotion fulgurante, suivie d’une chute brutale. Sa défense dénonce un procès à arrière-plan politique, et met en garde contre une fracture générationnelle « En condamnant Mutamba, on envoie un message de méfiance à toute une jeunesse prête à s’engager ».
Sur le plan psychologique, deux lectures s’opposent dans l'opinion
1. La lecture morale La justice agit enfin contre la corruption, peu importe le rang ou l’âge de l’accusé.
2. La lecture cynique La justice n’agit pas par principe, mais par opportunité, choisissant ses cibles selon les équilibres politiques du moment.
Quoi qu’il en soit, le procès Mutamba devient un révélateur : révélateur de la capacité ou non du système judiciaire congolais à juger avec impartialité, révélateur de la stratégie politique du pouvoir, et révélateur de l’état d’esprit d’une jeunesse qui observe et jauge avant de s’engager.
Pour terminer, le 27 août, la RDC n’entendra pas seulement un verdict pénal ; elle découvrira quelle histoire elle se raconte à elle-même : celle d’un État qui se purifie ou celle d’un pouvoir qui ajuste ses comptes. Dans les deux cas, la mémoire collective retiendra que ce procès a dépassé les murs de la Cour ; il s’est joué dans la conscience nationale.
Salem MAPUNA
Politico-Psychologue


