Influenceuse congolaise sur les réseaux sociaux : éducatrice de masse ou star de la dépravation des mœurs?
Dans le tumulte numérique qui rythme la vie quotidienne en République Démocratique du Congo, une figure se détache de plus en plus : l’influenceuse. Présentes sur TikTok, Instagram, Facebook, Pinterest ou encore Twitter (X), elles captivent, dérangent, interrogent. Sont-elles les nouvelles éducatrices de la société congolaise ou des vecteurs de dépravation morale ? Pour mieux comprendre ce phénomène, la rédaction de Wise.cd a recueilli les avis de plusieurs citoyennes de divers horizons à Kinshasa. Par Exaucé MWANO
Florentine Liweke, inspectrice de l’enseignement
«Une influenceuse devrait toucher les points chauds de la société et offrir des conseils utiles pour l’évolution sociale. Mais ce que je constate, c’est plutôt un déferlement d’images superficielles : sacs, vêtements, maquillages… rien d’essentiel pour la jeunesse. Il est urgent de mettre en place une commission de censure pour réorganiser ce secteur. »
Mme Liweke exprime ici une déception face à une pratique qu’elle juge vidée de son essence. Pour elle, loin d’éduquer, certaines influenceuses congolaises accentuent plutôt la superficialité et la futilité.
Merdi Yong, entrepreneure
«Une influenceuse peut impacter profondément les comportements et décisions de son public. Cela exige du contenu de qualité, des interactions réelles avec ses abonnés et une collaboration crédible avec d'autres acteurs du numérique. »
Elle cite notamment l’exemple positif de Bénédicte Kalengay, une figure active dans des ONG, proche de la spiritualité et des valeurs éducatives. Pour Merdi, les réseaux sociaux ne sont pas le problème en soi, mais leur usage doit être encadré.
«Des normes doivent être instaurées pour lutter contre les dérives et responsabiliser ces figures publiques. Les internautes, eux aussi, doivent être éduqués à filtrer le contenu qu’ils consomment. »
Ruth Engoti, étudiante à la Haute École de Commerce de Kinshasa (HEC ex ISC) «Il existe des influenceuses congolaises qui font un travail honorable, comme Ingrid Ntampaka, Mimi Mbikaso ou encore Natacha Renso. Mais il faut aussi reconnaître que d’autres ternissent cette image par leurs comportements ou contenus toxiques. »
Pour Ruth, la régulation est cruciale afin de garantir un espace numérique sain. L’authenticité, la cohérence, le respect et la valeur éducative du contenu doivent être des priorités pour toute influenceuse consciente de son impact.
Beneth Kitemoko, enseignante et licenciée en interprétariat
«Une véritable influenceuse est celle qui pousse les gens vers de bons choix, qu’il s’agisse de santé, d’éducation, ou même de foi. Certaines comme Bénédicte Kalengay s’inscrivent dans cette logique. Mais d’autres, comme Maria Tumba ou Gemima Kokonzonni, à force de disputes en ligne, divisent et provoquent même des injures entre internautes. »
Mme Kitemoko insiste sur la dimension morale de l’influence numérique. Pour elle, éduquer, c’est aussi respecter son audience, tant dans le langage que dans l’image qu’on projette.
Entre dérive et espoir
Ces témoignages révèlent un paysage contrasté. D’un côté, des influenceuses qui brillent par leur superficialité ou leur comportement conflictuel ; de l’autre, des figures engagées qui inspirent, motivent et éduquent. La ligne est mince, mais essentielle.
La régulation s’impose comme une nécessité, non pas pour museler, mais pour responsabiliser. Une charte éthique, des règles de transparence, des actions de sensibilisation et même une forme de contrôle institutionnel pourraient redonner aux influenceuses congolaises un rôle plus noble : celui de bâtisseuses de société.
En fin de compte, la véritable influence n’est pas dans le nombre d’abonnés ou de likes, mais dans l’impact positif et durable qu’on laisse dans l’esprit de ceux qui nous suivent.


