Partenariats RDC–FC Barcelone et AS Monaco–RDC : Didier Budimbu dans l’inconscience ou dans la vision ?
Kinshasa, juillet 2025. En l’espace de quelques jours seulement, la République Démocratique du Congo avait signé deux contrats sportifs d’envergure internationale : l’un avec le prestigieux FC Barcelone, l’autre avec l’AS Monaco. Ces accords ont été paraphés par le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu. Mais au lieu de susciter une vague d’enthousiasme, ces engagements financiers conséquents ont provoqué une onde de choc et de nombreuses interrogations dans l’opinion congolaise. Par Exaucé MWANO
Des chiffres qui donnent le tournis
1.6 million USD par an avec l’AS Monaco, soit un total de 4,8 millions USD sur trois ans.
4,3 millions d’euros par an avec le FC Barcelone, évalués à environ 10 millions d’euros pour la durée totale du contrat.
Deux montants colossaux qui font froncer les sourcils dans un pays où le financement du sport local, notamment les infrastructures et la formation de base, reste très en deçà des attentes.
Des partenariats flous et précipités ?
Nombre d’observateurs du secteur sportif et plusieurs analystes estiment que ces partenariats ont été signés sans consultation large des parties prenantes, ni une étude d’impact claire sur le sport congolais. Les détails précis de ces accords, notamment les contreparties attendues pour le pays, ne sont pas encore rendus publics. Ce manque de transparence fait planer le doute sur les véritables motivations derrière ces signatures.
«Comment peut-on dépenser près de 15 millions de dollars dans des clubs européens alors que les championnats locaux peinent à démarrer chaque saison ? », s’interroge un jeune Kinois amoureux du sport.
Budimbu dans l’inconscience politique ou dans une stratégie mal comprise ?
Didier Budimbu, pourtant reconnu pour son pragmatisme politique, semble ici s’être lancé dans une opération de grande envergure sans avoir pris la température de la base. Pour ses détracteurs, il s’agit ni plus ni moins d’une inconscience politique, dans un contexte socio-économique fragile, où les priorités nationales se situent ailleurs.
Mais ses partisans parlent d’une vision stratégique de long terme : profiter du prestige de clubs européens pour professionnaliser le sport congolais, attirer les investisseurs, améliorer la visibilité des jeunes talents, et éventuellement dynamiser le tourisme sportif.
Et les priorités locales dans tout ça ?
Le paradoxe est inquiétant : pendant que des millions de dollars sont envoyés à l’étranger, les infrastructures sportives locales (stades, terrains d’entraînement, centres de formation) tombent en ruine, les fédérations manquent de moyens, et les athlètes vivent dans la précarité. Ce déséquilibre alimente une forme d’incompréhension, voire de frustration populaire.
Le peuple sportif congolais attendait des réformes profondes, de la réhabilitation d’équipements vétustes, de la valorisation des talents locaux et surtout de la structuration des compétitions nationales.
Un pari risqué aux allures d’aveuglement ?
Les partenariats internationaux, bien que porteurs d’opportunités, doivent s’inscrire dans une logique de cohérence nationale. En l’état actuel des choses, Didier Budimbu apparaît isolé dans une démarche qui semble plus politique que pragmatique, et qui pourrait lui coûter cher sur le plan de la légitimité.
À moins d’une communication rapide, transparente et pédagogique sur les objectifs et les bénéfices attendus, ces contrats pourraient être perçus comme un gaspillage de fonds publics, dans un pays où les attentes citoyennes restent criantes et urgentes.


