Washington le théâtre de la paix, pendant que Goma enterre ses illusions

28 Oct 2025 - 16:45
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Washington le théâtre de la paix, pendant que Goma enterre ses illusions

On a encore parlé de paix. On a encore parlé de “dialogue”. Mais à force de parler sans écouter, la diplomatie congolaise et rwandaise finit par ressembler à une pièce jouée pour rassurer les spectateurs étrangers, pas pour soulager les victimes du terrain.

À Washington, les 21 et 22 octobre 2025, les délégations de Kinshasa et de Kigali ont repris langue, sous le regard bienveillant des États-Unis. Résultat : de beaux discours, une promesse de “poursuivre les discussions”… et toujours les mêmes tirs dans l’Est. Par Par Salem MAPUNA, Analyste psycho-politico

Les diplomates ont parlé de “désescalade”, de “coopération régionale” et de “dialogue franc”. Mais personne ne s’est risqué à nommer le vrai problème : la confiance est morte depuis longtemps. Le Congo accuse le Rwanda de soutenir le M23 ; le Rwanda nie tout en se posant en victime d’insécurité transfrontalière.

On signe des communiqués pendant que des villages brûlent. On échange des poignées de main pendant que des familles enterrent leurs morts.

La vérité, c’est que ce dialogue n’est plus un outil de paix, c’est un rituel de façade, destiné à montrer au monde que “quelque chose se fait”.

Sur le plan psychologique, ce qui se joue ici dépasse la géopolitique. C’est la mémoire collective d’un traumatisme non traité qui gouverne les relations entre Kigali et Kinshasa : peur de l’autre, sentiment d’humiliation, besoin de revanche.

Chaque geste diplomatique devient une stratégie défensive, chaque concession une menace d’effondrement symbolique.

Ce que l’on appelle “dialogue” est souvent une thérapie avortée : on parle sans jamais guérir.

L’Amérique, fidèle à son rôle d’équilibriste, se veut “facilitateur du processus de paix”. Mais dans les faits, Washington soigne les symptômes sans traiter la maladie.

L’objectif implicite n’est pas la paix, mais la stabilité minérale : tant que le cuivre et le cobalt circulent, les violences peuvent attendre une autre réunion. La diplomatie devient ainsi un calmant géopolitique, administré à un peuple fatigué de souffrir pour apaiser les nerfs du marché mondial.

Ce n’est pas à Washington qu’on fera la paix du Congo.

C’est à Goma, à Rutshuru, à Bukavu — là où les balles remplacent les discours.

Les accords de table n’ont de valeur que lorsqu’ils résonnent dans les cœurs.

Il faut une diplomatie émotionnelle, capable d’entendre la douleur des peuples avant de rédiger des clauses de coopération.

La paix n’est pas un document à parapher : c’est une confiiance à rebâtir. Le Congo ne manque pas d’amis, il manque de sincérité dans les amitiés.

La paix n’aura pas besoin de Washington, si elle naît un jour de l’intérieur — de la conscience collective que la haine coûte toujours plus cher que la guerre elle-même.

Salem MAPUNA Analyste psycho-politico

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