Accord minerais–Washington en RDC : quand la chaire devient tribune politique

13 Février 2026 - 21:25
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Accord minerais–Washington en RDC : quand la chaire devient tribune politique

Une vive controverse agite l’opinion en République démocratique du Congo après les déclarations du professeur Bob Kabamba de l’Université de Liège. Selon l’universitaire, certaines églises dites « de réveil » seraient aujourd’hui mobilisées pour « vendre » auprès des fidèles l’accord conclu à Washington autour des minerais stratégiques, présenté comme un partenariat garantissant en contrepartie la stabilité et la protection du pouvoir du président Félix Tshisekedi, établissant le lien avec l'entourage du président, des postes clés, fermés occupés par les pasteurs et leurs proches. Des propos qui alimentent un débat sensible à la croisée du religieux et du politique. Par Emmanuel EKULE

Au cœur des critiques : l’idée que des responsables religieux se transformeraient en relais de communication du régime, intégrant dans leurs prêches des éléments de langage favorables aux orientations diplomatiques et économiques du gouvernement.

Pour certains observateurs, cette imbrication croissante entre chaire et pouvoir fragilise la neutralité spirituelle attendue des communautés chrétiennes, dans un pays où les églises jouent un rôle social majeur.

La question soulevée dépasse le seul cadre congolais : est-il conforme à la Bible qu’un pasteur soutienne publiquement un accord politique ou économique ? Les Écritures appellent à la prière pour les autorités (Romains 13), mais insistent aussi sur la séparation entre la mission spirituelle et les intérêts temporels (« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » – Matthieu 22:21). Pour de nombreux théologiens, l’Église peut encourager la paix et la stabilité sans devenir l’instrument de légitimation d’un pouvoir.

D’autres voix rappellent que les églises ont historiquement joué un rôle politique en Afrique centrale, parfois en faveur de la démocratie, parfois en soutien aux autorités en place. Dans ce contexte, la frontière entre engagement citoyen et propagande peut devenir floue.

Les défenseurs des pasteurs concernés affirment qu’il s’agit d’un devoir patriotique : expliquer aux fidèles les enjeux des partenariats internationaux, notamment dans le secteur stratégique des minerais.

Mais pour une partie des croyants, cette évolution nourrit une crise de confiance. Lorsque le message spirituel semble confondu avec un discours gouvernemental, la crédibilité religieuse peut s’en trouver affectée.

Le débat, désormais public, pose une question fondamentale : l’Église doit-elle être conscience critique du pouvoir ou partenaire assumé de sa communication ? En RDC, la réponse à cette interrogation pourrait redéfinir durablement les rapports entre foi et politique.