Procès Constant Mutamba : entre théâtre politique et vertige institutionnel [ Salem MAPUNA ]

2 Août 2025 - 12:54
2 Août 2025 - 13:33
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Procès Constant Mutamba : entre théâtre politique et vertige institutionnel [ Salem MAPUNA ]

Le procès de l’ancien ministre de la Justice, Maître Constant Mutamba, qui s’est poursuivi ce 30 juillet 2025 devant la Cour de cassation, mérite plus qu’un simple regard juridique. Il cristallise les tensions entre droit, politique et perception populaire, dans un contexte où l’État congolais cherche encore les contours d’une vraie redevabilité.

Une procédure piégée dans son propre décor

Le procès semble davantage orchestré comme un jeu d’influence institutionnelle que comme une démarche de justice apaisée. La défense de Mutamba, bien que techniquement structurée, a tenté de faire valoir l’inconstitutionnalité de la procédure ayant permis sa mise en accusation – notamment en raison d’un vote parlementaire à main levée, là où la Constitution exigeait un vote secret.

Mais cette stratégie s’est vue taxée de manœuvre dilatoire par la Cour, qui y a vu une reprise inutile d’une action déjà portée devant la Cour constitutionnelle. Résultat : rejet en bloc. La Cour veut aller vite. La défense veut gagner du temps. L'affrontement dépasse les murs du prétoire : c’est une bataille de rythmes et de symboles.

 Une ligne de défense psychologiquement ciblée

Dans une posture contrôlée, Mutamba se dépeint en victime d’un système politisé, insistant sur un fait stratégique : il n’aurait jamais touché un seul dollar des 19 millions USD en jeu. Il demande d’ailleurs la comparution de plusieurs figures-clés de l’exécutif : Judith Suminwa, Alingete, le ministre des Infrastructures... autant de noms qui renvoient à la chaîne de responsabilité de l’État lui-même.

C’est là une technique défensive classique mais fine : diluer la responsabilité dans le collectif gouvernemental, réorienter le projecteur et créer un effet de relativisation. On ne juge plus un homme ; on commence à questionner un système. Psychologiquement, cela ramène à une forme de blâme diffus, ce qui affaiblit l’impact émotionnel d’un procès "personnalisé".

La justice sous pression d’image

La justice congolaise se retrouve ici dans un paradoxe complexe :

Elle veut prouver qu’elle peut juger même les puissants ;

Mais elle doit le faire dans un climat de suspicion politique ;

Et face à un homme qui sait manipuler l’opinion et le cadre institutionnel.

Mutamba n’est pas n’importe quel accusé. Il a été ministre de la justice, acteur politique redoutable, populiste stratégique. Il sait où parler, quand se taire, et comment défier sans rompre. Face à lui, la justice doit faire attention à ne pas donner l’image d’un procès précipité ou biaisé.

 L’enjeu derrière l’enjeu

Ce procès est un test politique, au moins autant qu’un jugement judiciaire. Il pose la question de la responsabilité ministérielle réelle, mais aussi du degré d’indépendance de la justice face à un exécutif qui, paradoxalement, pourrait être impliqué indirectement dans le même dossier.

Mais surtout, il met la population face à un dilemme : croire que la justice est possible, ou se résigner à l’idée que tout cela n’est qu’un règlement de comptes entre élites.

Pour finir  le procès Mutamba n’est pas (encore) un procès exemplaire. Il est un moment de vérité à tiroirs, où chaque institution joue sa crédibilité, chaque acteur son avenir, et chaque citoyen son seuil de confiance dans l’État.

La suite dépendra moins des plaidoyers que du courage des magistrats à résister à la tentation du signal politique, et à rendre une justice qui ne se veut ni vengeresse, ni complice.

Salem MAPUNA

Le Jeune Politico-Psychologue

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.