Analyse après la sortie médiatique de Corneille Nanga : entre stratégie de rupture et discours de légitimation parallèle
La dernière déclaration de Corneille Nangaa, président de l’AFC, sonne comme un désaveu frontal de l’autorité de l’État congolais tel que représenté par le président Félix Tshisekedi. Elle n’est pas anodine, elle s’inscrit dans une logique assumée de confrontation politique, militaire et psychologique.
1. Un discours de substitution de la souveraineté
En affirmant que la restauration de l’autorité de l’État se fera non par "un régime corrompu et illégitime", mais par l’AFC/M23, Nangaa construit un récit parallèle de légitimité. Ce n’est plus l’État qui détient le monopole de la souveraineté territoriale, mais une force rebelle qu’il qualifie de "structurée, crédible et en phase avec le peuple". Psychologiquement, cela cherche à inverser le cadre mental dominant dans l’opinion : ce n’est plus l’armée loyaliste qui libère, mais le groupe rebelle qui réorganise.
2. Une tentative de légitimation de la rébellion
Le langage utilisé – "force crédible", "connexion avec les aspirations du peuple" – trahit une tentative de repositionnement politique. Nangaa n’agit plus uniquement comme un politicien en exil ou un leader rebelle, mais comme un candidat à la gouvernance alternative. Il veut faire oublier les armes en insistant sur l’organisation, la vision et les valeurs supposées partagées avec les populations locales.
3. Un discrédit frontal sur Tshisekedi
Le message est clair : Thsisekedi est disqualifié. "Pas d’assise, pas de légitimité, pas de capacité morale ou politique"… c’est une triple mise en accusation visant à préparer l’opinion – tant nationale qu’internationale – à considérer l’AFC non plus comme un acteur illégal, mais comme un substitut politique en zone de crise.
4. Un glissement du terrain militaire vers le terrain idéologique
Il ne s’agit plus seulement de contrôler les territoires par les armes, mais d’imposer une grille de lecture, un cadre narratif alternatif. En mettant en avant le "point 4 de la Déclaration de Doha", Nangaa tente de montrer que le M23 est en conformité avec les principes d’un processus de paix, tout en niant à Kinshasa la capacité de les appliquer.
Pour Conclusion en tant qu'observateur politico-psychologique
La sortie médiatique de Corneille Nangaa n’est pas un simple discours d’opposition. C’est une stratégie de rupture narrative, une tentative de reconstruire une légitimité rebelle, en prenant appui sur l’échec ou la fragilité perçue du pouvoir central.
Mais dans une République démocratique, aucune force armée ne peut se substituer à l’État sans passer par les voies légales et électorales. Les Congolais veulent la paix, mais ils veulent aussi la justice, la vérité et la légitimité.
Le combat pour la restauration de l’autorité ne se joue pas que sur le terrain… mais aussi dans les esprits.
Salem MAPUNA, le jeune Politico-Psychologue analyste indépendant des dynamiques politiques et sociales en Afrique centrale.


