Le piège psychologique des parades du M23 tribune de Salem Mapuna, le Politico-Psychologue
La récente parade militaire du M23 à Goma a fait couler beaucoup d’encre. Des milliers de nouvelles recrues, alignées comme pour un défilé officiel, sous les yeux d’une population civile déjà traumatisée par des décennies de guerre. Ce spectacle soulève une question fondamentale : s’agit-il encore d’un mouvement rebelle ou d’un État parallèle en construction ?
Politiquement, le M23 envoie un message simple : il est incontournable. En choisissant l’ostentation plutôt que la discrétion, ce groupe cherche à imposer une réalité de fait aux négociations en cours. C’est une stratégie classique de rapport de force : « voyez ce que nous sommes capables de mobiliser, puis venez négocier. »
Psychologiquement, cependant, cette démonstration révèle autre chose : la peur de l’oubli. Tout groupe qui ressent le besoin de se montrer ainsi trahit une insécurité intérieure. Derrière la discipline des rangs se cache l’angoisse de disparaître du paysage politique congolais si l’on cesse de parler de lui.
Le paradoxe est cruel : pendant que le gouvernement discute à Washington, la population de l’Est assiste, impuissante, à la montée en puissance de ceux qui les déplacent, les violentent et les privent de leurs terres. Ce décalage nourrit un sentiment d’abandon, qui peut s’ancrer durablement dans la mémoire collective. Or, un peuple qui perd confiance en ses institutions glisse peu à peu vers la résignation.
Le véritable champ de bataille n’est donc pas seulement militaire. Il est psychologique. Les armes détruisent des villages ; la peur détruit des nations. Si l’État congolais ne prend pas en compte cette dimension, il risque de remporter des accords diplomatiques tout en perdant son peuple de l’intérieur.
Pour finir, le défi de la RDC n’est pas seulement de signer la paix. C’est de reconstruire la confiance. Car une paix signée sans psychologie est une paix fragile, condamnée à l’échec.
Salem Mapuna Le Politico-Psychologue


