Kinshasa : l’audit du VPM et la tentation centralisatrice
L’audit initié par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur à l’encontre du gouvernement provincial de Kinshasa a suscité un débat juridique et politique majeur.
Au-delà de l’actualité immédiate, cette initiative soulève une question fondamentale : où s’arrête le pouvoir central, et où commence réellement l’autonomie provinciale en RDC ?
Un acte controversé face aux textes en vigueur
Les lois organisant la décentralisation en RDC sont explicites :
les provinces bénéficient d’une autonomie administrative, financière et technique.
Les organes légalement habilités à contrôler leur gestion sont l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes et les Assemblées provinciales.
Dans cet arsenal juridique, aucune disposition ne confère au ministère de l’Intérieur le pouvoir de diligenter un audit financier ou administratif direct au sein d’un exécutif provincial.
L’intervention du VPM, dans ce contexte, apparaît donc en dehors du champ de ses prérogatives légales.
Cette lecture, largement partagée par plusieurs experts en droit, repositionne le débat : l’enjeu n’est pas la lutte contre la mauvaise gouvernance indispensable et légitime mais le respect des procédures et des compétences.
Un geste à portée politique évidente
Politiquement, l’initiative du VPM ne peut être analysée comme un acte neutre.
Elle intervient dans un climat institutionnel tendu, où la question de l’autorité sur la capitale demeure particulièrement sensible.
En contournant les organes de contrôle prévus par les textes, le pouvoir central envoie un message ambigu :
la transparence n’est pas seulement une exigence administrative, mais également un instrument pouvant être activé selon le contexte politique du moment.
Une telle démarche fragilise la perception de neutralité des institutions de contrôle et ouvre la voie à une interférence centralisatrice qui pourrait, si elle se répète, remettre en question l’équilibre délicat entre l’État central et les provinces.
Un précédent institutionnel préoccupant
Sur le plan institutionnel, l’affaire crée un précédent dont la portée dépasse largement le cas de Kinshasa.
Si un membre du gouvernement central peut initier un audit dans une province en dehors des mécanismes légaux, la cohérence du système de décentralisation se trouve ébranlée.
À terme, cela expose le pays au risque d’un retour à un modèle où le pouvoir central intervient au gré des tensions politiques, au détriment des textes et de la séparation des compétences.
Pour une jeune démocratie encore en construction, ce type de glissement ne doit pas être minimisé.
L’audit lancé à Kinshasa ne doit pas être perçu uniquement comme un acte de contrôle, mais comme un test institutionnel.
Le respect des textes n’est pas une option technique : c’est la condition de crédibilité de l’État.
Si la lutte contre la mauvaise gouvernance doit être renforcée, elle doit l’être dans le cadre strict des lois et des institutions compétentes.
La RDC ne peut se permettre que des initiatives politiques, même animées de bonnes intentions, affaiblissent la décentralisation et brouillent les frontières entre compétences centrales et provinciales.
L’avenir institutionnel du pays dépend de cette rigueur.
Salem Mapuna l'analyste psycho-politico


