Gonflement ministériel en RDC, luxe budgétaire ou symptôme d’un pouvoir en quête de contrôle ?[Salem Mapuna]
La République démocratique du Congo vient de former un gouvernement d’une envergure impressionnante, avec une multiplication de ministres, ministres délégués et vice-ministres. Ce gouvernement pléthorique ne se limite pas à un simple choix organisationnel il reflète une dynamique politico-psychologique complexe qui mérite une lecture attentive.
À première vue, la création de dizaines de postes ministériels pourrait apparaître comme un effort d’inclusion et de représentation des divers courants politiques et sociaux du pays. Mais à y regarder de plus près, cette multiplication des portefeuilles traduit surtout un besoin profond de contrôle et de maintien du pouvoir dans un contexte politique fragile.
La distribution massive de postes répond avant tout à une logique de coalition, où chaque allié, chaque faction, doit être gratifié par un titre, un salaire, un véhicule de fonction. Ce système crée un réseau de dépendances qui garantit la loyauté des élites, mais dilue la responsabilité et freine l’efficacité administrative.
Psychologiquement, ce phénomène nourrit des effets pervers. Du côté des bénéficiaires, le statut ministériel, même s’il est parfois vidé de son contenu réel, constitue une source de prestige, d’ego et d’identité sociale. Du côté des populations, confrontées à une précarité grandissante, cette inflation ministérielle alimente le sentiment d’injustice, de gaspillage, et de déconnexion des élites vis-à-vis des réalités quotidiennes.
Le paradoxe est donc patent en cherchant à asseoir leur pouvoir par la multiplication des postes, les dirigeants creusent l’inefficacité de l’État, creusent le déficit de confiance et retardent la gouvernance sobre et responsable dont la RDC a urgemment besoin.
Ce luxe budgétaire manifeste avec des dizaines de ministres et vice-ministres grassement rémunérés s’inscrit dans un malaise politique et psychologique plus profond, l’incapacité à consolider une gouvernance stable et cohérente, et la peur constante des fractures internes.
Au lieu de réduire le train de vie des institutions, de simplifier l’appareil gouvernemental et de concentrer les ressources sur des secteurs clés (santé, éducation, sécurité), ce gouvernement choisit la voie du clientélisme institutionnalisé.
Il est temps d’appeler à une réforme courageuse qui ne soit pas que de façade, mais qui remette au cœur du pouvoir la rationalité, la responsabilité et le service au peuple.
En définitive, le véritable défi de la RDC est moins celui des noms sur la liste ministérielle que celui d’une transformation profonde des mentalités politiques pour passer d’une gouvernance spectacle à une gouvernance efficace, sobre et digne.
Salem Mapuna
Analyste politico-psychologique
Kinshasa, RDC


