« Tshisekedi, l’homme du dialogue... mais à la congolaise » Tribune de Salem MAPUNA analyste politico-psychologique
Le Président Félix Tshisekedi a profité du 2ᵉ congrès de l’Union sacrée pour clarifier sa vision sur la question des dialogues politiques. Après avoir affirmé être un « homme de dialogue », il a ajouté une précision lourde de sens : « Dialogue oui, mais pas avec les Congolais inféodés aux pays étrangers. Il n’arrivera jamais de dialogue en dehors de ma propre initiative. »
Sur le plan politique, cette déclaration marque une rupture nette avec la tradition congolaise des « dialogues importés ». Le Chef de l’État veut imposer une souveraineté totale sur le processus de concertation nationale. En refusant toute initiative venue de l’étranger, il réaffirme sa position de leader qui fixe les règles du jeu, en rappelant que l’arène du débat congolais doit rester congolaise.
Sur le plan psychologique, le mot « inféodés » est révélateur. Il pointe du doigt une catégorie d’acteurs politiques perçus comme dépendants, manipulés ou instrumentalisés par des forces extérieures. En les disqualifiant ainsi, Tshisekedi cherche à créer une démarcation psychologique : les « vrais » patriotes d’un côté, les « soumis à l’étranger » de l’autre. Cette polarisation peut renforcer la cohésion autour de lui, mais elle risque aussi d’accentuer les fractures internes.
Sur le plan symbolique, Tshisekedi tente de déconstruire le vieux réflexe congolais où les crises se dénouaient sous le regard bienveillant – mais intéressé – de parrains extérieurs. Il veut que l’imaginaire collectif associe désormais le dialogue politique à Kinshasa et non à Addis-Abeba, Libreville ou Sun City. C’est une stratégie de réhabilitation de la fierté nationale.
En définitive, le Chef de l’État envoie un double message : ouverture et fermeture. Ouverture au dialogue interne sous son initiative, fermeture à toute tentative de médiation extérieure ou de récupération politique par des opposants jugés dépendants de l’étranger. C’est une position forte, mais qui oblige désormais le pouvoir à prouver que ce dialogue « maison » sera réellement inclusif et porteur de solutions, faute de quoi il risque d’être perçu comme un simple instrument de contrôle politique
Salem MAPUNA le politico-psychologue


