Alternance pacifique en RDC : bilan d’un tournant historique 7 ans après

24 Janvier 2026 - 12:55
24 Janvier 2026 - 13:16
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Alternance pacifique en RDC : bilan d’un tournant historique 7 ans après

La République Démocratique du Congo a vécu un moment historique le 24 janvier 2019, marquant la première transition pacifique du pouvoir depuis son accession à l'indépendance en 1960. Après avoir dirigé le pays pendant dix-huit ans, Joseph Kabila a formellement cédé la présidence à Félix Tshisekedi suite aux élections générales de décembre 2018. Cette transition, considérée comme une avancée démocratique significative, a généré de grands espoirs tant sur le plan national qu'international. Par Emmanuel EKULE

Cependant, cette alternance a eu lieu dans un contexte de vives controverses. Une portion de l'opposition et de la société civile a questionné la validité des élections, alors que certains observateurs ont fait mention d'accords politiques entre les élites en place et celles nouvellement arrivées. Le cadre institutionnel résultant des élections, où un Parlement largement dominé par les proches de l'ex-président est en place, a vite restreint la latitude d'action du nouveau président. 

De 2019 à 2021, la politique en République démocratique du Congo a été caractérisée par des conflits institutionnels constant. L'action gouvernementale a été affaiblie et les réformes ont été freinées par la cohabitation entre les deux factions. 

L'éclatement de cette alliance et l'établissement de l'Union sacrée de la nation ont par la suite autorisé le président Tshisekedi à renforcer son autorité et à rétablir l'équilibre des forces politiques. Du point de vue démocratique, l'élection de 2019 a établi un précédent significatif en Afrique centrale en termes d'alternance. C'est la première fois qu'un président congolais se retire du pouvoir en accord avec les stipulations constitutionnelles.

Toutefois, cette victoire symbolique n'a pas été suffisante pour rétablir de manière pérenne la confiance dans les institutions électorales, la transparence des élections et l'autonomie du système judiciaire.

L'un des défis majeurs auxquels est confronté le pays reste la question de la sécurité. Au fil des dernières années, les affrontements armés à l'est de la RDC ont connu une escalade, en particulier avec le retour en force du groupe rebelle M23. Cela a engendré un déplacement massif de populations et exacerbé les tensions au niveau régional. Sept ans après l'introduction de l'alternance, le pouvoir de l'État demeure restreint dans de nombreuses régions du pays.

D'un point de vue économique, le gouvernement a réalisé des progrès notables, en particulier dans les domaines de la collecte des recettes publiques et de l'amélioration de la gouvernance.Cependant, malgré ces avancées macroéconomiques, il n'y a pas eu d'amélioration notable des conditions existentielles pour la plupart des gens, qui luttent contre l'inflation, le chômage et une pauvreté structurelle persistante.

En 2026, l'évaluation de la première transition pacifique du pouvoir en RDC se révèle nuancée. Bien que la transition de 2019 soit toujours considérée comme un jalon historique et un signal fort de la démocratie, elle n'a pas encore réussi à établir fermement la stabilité politique, la sécurité nationale et le développement économique. Pour l'avenir institutionnel du pays, il est crucial de consolider cet acquis.