Kagame sur la communauté internationale : soutien et fauteur
Les récentes déclarations du président rwandais Paul Kagame offrent un rare moment de franchise teinté d’agacement, voire de contradiction assumée. Dans un long propos aux accents défensifs, le chef de l’État rwandais s’en prend à la “communauté internationale”, qu’il décrit à la fois comme utile et nuisible, soutien et fauteur de troubles, partenaire et menace permanente. Une posture qui illustre la relation ambivalente qu’entretient Kigali avec ses bailleurs et alliés traditionnels. Par Emmanuel EKULE
Selon Paul Kagame, cette communauté internationale serait à l’origine d’une pression quotidienne faite de menaces conditionnelles : « nous le ferons si vous ne faites pas cela ». Il évoque un climat constant d’injonctions, dans lequel les partenaires extérieurs participeraient à la création de problèmes avant d’en attribuer la responsabilité aux autorités rwandaises. Une lecture qui renvoie l’image d’un Rwanda assiégé diplomatiquement, malgré son rôle central dans plusieurs dossiers régionaux.
Mais le cœur du propos révèle surtout une irritation personnelle. Kagame dit se sentir « étouffé » par ces pressions, tout en affirmant refuser désormais de subir. Dans une formule brutale, il affirme préférer répondre par la défiance, allant jusqu’à dire qu’il dirait à ses interlocuteurs « d’aller en enfer ». Une rhétorique musclée qui tranche avec le langage diplomatique habituellement attendu d’un dirigeant dépendant de soutiens extérieurs.
La contradiction saute pourtant aux yeux : Kagame reconnaît lui-même que cette communauté internationale est « utile », tant pour résoudre des problèmes que, paradoxalement, pour en créer. Un aveu qui souligne la dépendance structurelle du Rwanda à l’égard des partenaires internationaux, même lorsque ceux-ci deviennent des cibles commodes dans un discours de souveraineté offensif destiné à l’opinion interne.
Ces déclarations, loin d’être anodines, traduisent une nervosité croissante face aux critiques et pressions diplomatiques actuelles. En voulant dénoncer l’ingérence, Paul Kagame expose surtout le paradoxe d’un pouvoir qui se veut défiant mais reste profondément lié à ceux qu’il accuse. Une posture de fermeté verbale qui ressemble moins à une rupture qu’à un numéro d’équilibriste diplomatique, entre bravade et dépendance.


