Quand l’argent tue : le scandale du Centre hospitalier HJ et l’échec de notre système de santé [ Par Salem MAPUNA ]
Le 8 septembre 2025, à Kinshasa, une jeune femme du nom de Divine KUMASAMBA est morte à la porte d’un centre médical, faute d’argent. Son décès n’est pas le fruit du destin, ni d’une maladie incurable, mais de l’exigence d’une caution financière "exagérée" imposée avant toute prise en charge.
Face à l’indignation, le Ministère de la Santé Publique a décidé de suspendre le service des urgences du Centre Médical Diamant. Une décision spectaculaire, certes, mais qui soulève une question importante jusqu’à quand allons-nous accepter que la vie humaine soit marchandisée en République Démocratique du Congo ?
Sur le plan politique, le gouvernement a voulu réaffirmer son autorité : "la santé n’est pas une marchandise, la vie n’a pas de prix". Cette suspension est un geste fort, un signal adressé non seulement aux cliniques privées, mais aussi à l’opinion publique meurtrie.
C’est une manière de dire : "L’État protège ses citoyens". Mais cette sanction, aussi symbolique soit-elle, ressemble à un pansement posé sur une plaie béante. Car si nos compatriotes meurent encore dans les hôpitaux faute d’argent, ce n’est pas seulement à cause de la cupidité de certaines cliniques, mais surtout à cause de l’abandon structurel du secteur de la santé par l’État.
Au-delà du politique, ce drame produit un effet psychologique puissant. Chaque Congolais s’est reconnu dans Divine KUMASAMBA chacun de nous sait qu’un jour, il pourrait être à sa place, laissé pour mort devant une salle d’urgence parce qu’il ne détient pas la somme exigée.
Cette situation nourrit un sentiment d’injustice et de peur, mais aussi de colère. La confiance entre les citoyens et les institutions de santé se délite. Et quand les gens cessent de croire que l’État peut les protéger, c’est le contrat social lui-même qui vacille.
Il faut aussi comprendre le dilemme des soignants et des gestionnaires d’hôpitaux. Entre leur mission médicale et la survie financière de leurs structures, ils se retrouvent pris en otage d’un système défaillant. Mais là encore, c’est à l’État de trancher, soigner d’abord, discuter d’argent après.
Suspendre un centre médical ne suffira pas. Si demain une autre Divine se présente à un autre hôpital, le risque est grand que l’histoire se répète. Ce drame doit donc être un tournant.
Réguler strictement les pratiques financières des cliniques privées.
Renforcer les hôpitaux publics pour qu’ils redeviennent le premier recours, et non le dernier choix.
La vérité est simple, tant que l’argent conditionnera l’accès aux soins vitaux, notre système de santé continuera de tuer.
Le cas de Divine KUMASAMBA est une tragédie. Mais il peut aussi devenir un électrochoc. À condition que nous ne nous contentions pas d’indignation, mais que nous exigions une réforme structurelle.
Parce qu’en RDC, personne ne devrait mourir d’être pauvre.
En mémoire de Divine Kumasamba, et pour toutes celles et ceux qui n’ont pas eu voix au chapitre, rappelons une vérité simple, la santé n’est pas une marchandise, c’est un droit fondamental.
Salem MAPUNA Analyste politico-psychologique


