De la guerre aux traumatismes : le prix psychologique de l’Est par Salem MAPUNA le Politico-Psychologue
Ce qui se passe aujourd’hui à Uvira et dans l’Est du pays dépasse la simple question militaire. On assiste à une fracture profonde entre l’État et les citoyens, une rupture du lien de confiance. Quand une population choisit la « ville morte » plutôt que l’école, le marché ou l’église, cela signifie que la peur est devenue plus forte que l’espérance.
Sur le plan politique, chaque tension à l’Est rappelle la fragilité du pouvoir central. Le message envoyé est clair : l’État existe en théorie, mais dans la pratique, c’est la loi des groupes armés qui gouverne. Cette perception mine la légitimité des institutions et fragilise toute tentative de cohésion nationale.
Sur le plan psychologique, les conséquences sont encore plus graves. Une génération entière grandit dans un climat où le bruit des balles remplace le chant des coqs. Cela fabrique des adultes blessés, méfiants, parfois violents, car on n’apprend jamais la paix en vivant dans la guerre. Ce n’est pas seulement une crise sécuritaire : c’est une école de traumatismes collectifs.
Sur le plan social, le conflit détruit l’économie locale. Quand les champs sont abandonnés, quand les routes sont coupées, quand les familles fuient, c’est la pauvreté qui s’installe. Et la pauvreté, elle, nourrit à son tour les guerres, car un ventre vide écoute facilement les discours des recruteurs armés.
En définitive, il faut comprendre que l’Est n’est pas un problème régional mais un miroir de tout le Congo. Si l’on n’investit pas dans la réparation psychologique, la réinsertion sociale et la souveraineté économique, aucune victoire militaire ne suffira.
✍


