RDC- CADECO : le Conseil d’administration retire sa confiance à la DG Juliette Mughole Mbambu pour gestion opaque et sollicite sa suspension
Kinshasa – 04 avril 2025 — Dans une décision marquée par une rare fermeté, le Conseil d’administration de la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO SA) a officiellement retiré sa confiance à la Directrice Générale, Juliette Mughole Mbambu, qu’il accuse d’une gestion jugée opaque, improvisée et contraire aux bonnes pratiques de gouvernance. Par voie de correspondance, le conseil a saisi le ministre du Portefeuille, sollicité sa suspension immédiate, et listé une série de manquements graves reprochés à la responsable en place depuis 2022.
Lors de l’assemblée générale ordinaire tenue le 28 février 2025, le Conseil a formellement rejeté les états financiers de l’exercice 2023, déjà invalidés deux jours plus tôt, en Conseil d’administration. En toile de fond : un climat de méfiance alimenté par l’absence de transparence, les écarts comptables inexpliqués, et une série d’actes de gestion unilatéraux.
Des accusations accablantes
Pas moins de 25 griefs ont été retenus contre la Directrice Générale, allant de l’« opinion sous réserve » du commissaire aux comptes sur les états financiers de 2023 à l’ignorance délibérée des résolutions du Conseil d’administration. Ce dernier dénonce notamment l’absence de manuel de procédures pour le contrôle interne, la mauvaise qualité du personnel affecté à cette mission, et le refus répété d’auditer le manuel d’octroi de crédit, malgré les injonctions formulées à plusieurs reprises en 2024.
Plus grave encore, le conseil fustige le recours non autorisé à la société de sécurité GRABEN, après une série de cambriolages dans les agences de Mahagi, Aru et Kasindi. Ce contrat, signé sans approbation préalable, aurait engendré des charges additionnelles injustifiées.
Des anomalies financières lourdes
Le commissaire aux comptes a, par ailleurs, révélé de nombreuses irrégularités financières : financement d’investissements à long terme via des dettes à court terme issues des dépôts clients, paiements inexpliqués à la société MALCON à hauteur de plus de 1,1 milliard de CDF, et absence de provision pour des créances douteuses. S’ajoute à cela un écart inexpliqué de plus de 4,1 milliards de CDF entre la balance générale et les rémunérations du personnel, ainsi qu’un autre de 1,1 milliard de CDF pour les produits bancaires.
Le non-suivi judiciaire des agents impliqués dans des détournements de fonds, le non-versement des cotisations sociales malgré leur comptabilisation, ou encore l’absence totale de rapport d’activités ou d’audit interne constituent autant d’éléments renforçant la position du Conseil.
Un appel à la suspension immédiate
Pour le Conseil d’administration, la situation ne peut plus durer. Face à ce qu’il qualifie de « déviations fonctionnelles graves », il appelle le ministre du Portefeuille à prendre ses responsabilités, en suspendant dans les meilleurs délais la Directrice Générale, afin de préserver ce patrimoine public en péril.
Alors que CADECO SA lutte pour sa survie dans un contexte économique difficile, ce bras de fer au sommet illustre une crise de gouvernance profonde, qui interpelle sur la gestion des entreprises publiques en République Démocratique du Congo.
WISE.CD


