Kinshasa sous la menace : entre braquages en série, silence des autorités et omerta populaire

30 Mai 2025 - 09:34
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Kinshasa sous la menace : entre braquages en série, silence des autorités et omerta populaire

Kinshasa,30  mai 2025, la capitale congolaise vit au rythme d’un climat d’insécurité grandissante. En l’espace de quelques semaines, les braquages à main armée se sont multipliés dans plusieurs quartiers de la ville. Le mode opératoire est souvent le même : des hommes armés, parfois en uniforme, opèrent à visage découvert, en plein jour, souvent avec une précision militaire. Mais plus inquiétant encore que la fréquence de ces actes, c’est la réaction quasi inexistante des autorités et le silence complice d’une partie de la population.

Une série noire devenue banale

Depuis le début du mois de mai, plusieurs cas de braquages spectaculaires ont été rapportés à Limete, Ngaliema, Matete, et même dans certaines zones du centre-ville comme Gombe. Des commerçants dévalisés en plein carrefour, des passants délestés de leurs biens sous menace d'armes, parfois à quelques mètres d’un poste de police.

Sur les réseaux sociaux, les vidéos et témoignages affluent. Mais très peu de suites judiciaires. Les victimes déposent rarement plainte, par peur de représailles ou par méfiance vis-à-vis des services de sécurité.

L’État : spectateur impuissant ou complice silencieux ?

Face à cette insécurité rampante, le silence du gouvernement provincial et national est assourdissant. Aucun communiqué officiel, aucune mesure concrète annoncée pour rassurer la population. Les policiers sont souvent absents sur le terrain, ou pire, accusés de complicité.

Des témoins affirment que certains braqueurs se déplacent dans des véhicules sans plaques, protégés par des agents corrompus. Dans un contexte où l’État peine à assurer les services les plus fondamentaux, la sécurité devient un luxe que seuls les riches peuvent encore s’offrir.

Une population résignée et complice ?

Mais l’inaction ne concerne pas seulement les autorités. Une partie de la population semble elle aussi s’être habituée à cette violence. Par peur ou par indifférence, beaucoup choisissent de ne pas dénoncer les faits. Le phénomène du « chacun pour soi » gagne du terrain. Le voisin agressé n’est plus un sujet de mobilisation, mais un simple fait divers parmi tant d'autres.

Le silence collectif s’explique aussi par la perte de confiance dans les institutions. « Pourquoi dénoncer si les criminels sont relâchés le lendemain ? », s’interroge un habitant de Masina, témoin d’un braquage sur son avenue. Le cercle vicieux de l’impunité est bien installé.

Quelles pistes de sortie ?

La lutte contre cette vague de criminalité exige une réponse à plusieurs niveaux. D’abord, une volonté politique claire, qui passe par le renforcement des unités de police, leur équipement, mais surtout une réforme de la gouvernance sécuritaire. La population, elle aussi, doit être responsabilisée : sans dénonciation, sans collaboration avec les autorités, il sera difficile de briser le cycle.

Il est aussi urgent d’encourager les médias et la société civile à documenter ces actes et à mettre la pression sur les pouvoirs publics. Car dans une démocratie, l’indifférence est souvent plus dangereuse que la violence elle-même.

Exaucé MWANO

WISE.CD Wise.cd est le média qui défend les couleurs de la République démocratique du Congo. Il est partenaire des institutions du pays.